Problématique : Depuis les années 1990, le champ des affaires publiques en France a connu une professionnalisation croissante, marquée par l'émergence de nouveaux acteurs, la formalisation de normes et la diversification des méthodes d'influence. Ce projet de thèse interroge les transformations induites par cette professionnalisation sur les pratiques de lobbying, les dynamiques organisationnelles et la représentation des intérêts. Comment la structuration progressive de ce secteur a-t-elle redéfini les méthodes d'influence, les normes de légitimité et les rapports de force entre acteurs (cabinets, entreprises, associations, ONG) ? En quoi cette évolution reconfigure-t-elle les modalités de la représentation d'intérêt dans un contexte de gouvernance multi-niveaux et de crise de confiance politique ? Variables et hypothèses : La recherche s'articule autour de quatre variables dépendantes : les méthodes d'influence (lobbying parlementaire, veille, usage du numérique, etc.), les normes professionnelles (déontologie, HATVP, chartes), les dynamiques organisationnelles (cabinets, directions internes, hybridation des métiers) et la recomposition de la représentation d'intérêt. La professionnalisation, variable indépendante centrale, est analysée à travers ses dimensions institutionnelles (lois Sapin II, RGPD), socio-professionnelles (formations spécialisées, carrières hybrides), organisationnelles (croissance des cabinets) et technologiques (IA, bases de données). L'hypothèse principale pose que cette professionnalisation a rationalisé et diversifié les pratiques, tout en renforçant la légitimité des consultants face aux acteurs historiques. Questions centrales : Comment la professionnalisation a-t-elle modifié les méthodes d'influence et les normes du secteur ? Quels sont les effets concrets des réformes (HATVP, Sapin II) sur les pratiques et la transparence ? Comment la montée en puissance des cabinets et des directions affaires publiques a-t-elle reconfiguré le paysage de la représentation d'intérêt ? Dans quelle mesure les outils numériques et l'IA transforment-ils les compétences valorisées ? Méthodologie : L'enquête combine une approche qualitative (entretiens avec des professionnels, observation en cabinet) et quantitative (questionnaires, analyse des données HATVP et AFCL), complétée par une analyse documentaire (textes législatifs, rapports, archives). Le terrain privilégie le « cas conseil », secteur emblématique de cette professionnalisation. Structure : La thèse s'organise en trois parties : Professionnalisation et structuration du champ : genèse historique, cadre théorique (sociologie des professions), et institutionnalisation par le droit. Acteurs, normes et segmentation interne : sociologie des professionnels, rôle des associations (AFCL, APAP), et effets des réformes sur la légitimité du métier. Transformations des pratiques et recomposition des acteurs : analyse des répertoires d'action (veille, cartographie, IA), de l'externalisation du lobbying, et des nouvelles modalités d'intermédiation avec les décideurs. Apports attendus : Ce travail vise à éclairer les mécanismes de la professionnalisation des affaires publiques, ses impacts sur la démocratie et la gouvernance, ainsi que les tensions entre transparence et asymétrie informationnelle. Il contribuera aux débats sur la « consultocratie » et l'évolution des intermédiaires politiques en France.