La nouvelle rédaction des arrêts de la Cour de cassation permet d'observer que la référence à la « volonté du législateur » peut prendre deux formes : soit une référence historique aux travaux préparatoires de la loi, soit une invocation dynamique du lexique de l'intention. Mon étude part d'un travail empirique consistant à identifier et classer les décisions, en vue d'établir une typologie des figures du législateur. Cette typologie mettra en évidence que le concept de « législateur » n'est pas unifié. Ainsi, cette figure peut être mobilisée dans des usages pluriels : compléter le texte, l'éclaircir, maintenir une interprétation littérale, voire y déroger au nom de l'équité, du contexte social, de la désuétude ou des conséquences. En réalité, l'essor hétérogène du recours à l'intention démontre que le concept de législateur influe moins sur l'argumentation que sur le raisonnement judiciaire, c'est-à-dire sur les opérations interprétatives elles-mêmes. Cette multiplication des apparitions, aux fonctions variées, et leur dilution dans toutes sortes d'arguments suggèrent que l'influence du concept se situe sur le plan herméneutique : elle traduit une faveur accordée à une méthode exégétique renouvelée, dont la thèse s'attachera à dresser le portrait. Réminiscence d'un autre âge, cette méthode est dite renouvelée en ce que le législateur-guide n'est plus figé dans le temps. La méthode exégétique renouvelée repose sur trois facteurs : textuel, historique et évolutif. Ces facteurs varient selon plusieurs éléments : ancienneté ou nouveauté du texte, degré de précision, clarté ou ambiguïté, ou encore écart entre contexte d'élaboration et contexte d'application. Leur combinaison permet de poser un continuum herméneutique Ce cadre nous permet d'analyser les stratégies à l'uvre derrière la rénovation de la motivation. Rompant avec un siècle de brièveté, la Cour affirme désormais que l'autorité institutionnelle ne suffit plus à justifier la force de ses décisions. Elle motive donc, à l'image de ses homologues européennes. Il s'agit d'un processus de légitimation du pouvoir. Mais à quel prix cette transposition fonctionne-t-elle ? Les cours européennes motivent parce qu'elles doivent justifier de leur légitimité à juger des États qui les ont créées. Le mutatis mutandis du juriste doit ici être pleinement mesuré. Cette quête de légitimité, chère au juge Potocki, ne risque-t-elle pas de basculer dans l'excès inverse ? Par ailleurs, cette stratégie dépasse la seule dimension politique : le retour à la méthode exégétique en témoigne. Elle révèle une culture française du jugement et s'inscrit dans une stratégie de fondation du savoir, qui n'est pas sans évoquer certaines figures dworkiniennes, finalement assez proches des conceptions des exégètes.