Le principe de non-régression des valeurs interdit tout recul dans la protection accordée aux valeurs fondamentales de l'Union européenne, telles qu'énoncées à l'article 2 TUE. Ces valeurs, qui comprennent notamment la dignité humaine, la liberté, la démocratie, l'égalité, l'État de droit ainsi que les droits de l'Homme, constituent un socle axiologique commun venant fonder le projet de l'Union européenne. Malgré l'importance qui leur est reconnue par le droit primaire, leur respect demeure imparfait. Les violations répétées par certains États membres mettent en lumière l'inefficacité des mécanismes existants. L'article 7 TUE, pensé pour sanctionner les atteintes graves aux valeurs de l'Union, s'avère quasi inopérant en raison de sa mise en uvre lacunaire et des considérations politiques qui l'entourent. Le cadre pour l'État de droit de 2014 et le règlement sur la conditionnalité de 2020 ont tenté de combler ces lacunes, mais restent limités, faute de sanctions effectives et, une fois encore, en raison d'obstacles extra-juridiques. Dans ce contexte, la Cour de justice de l'Union européenne a progressivement enrichi le contenu juridique des valeurs. À partir de l'avis 2/13, puis des arrêts Associação Sindical dos Juízes Portugueses et Repubblika, elle a fait émerger un principe de non-régression des valeurs : un État membre ne peut adopter des mesures diminuant la protection des valeurs énoncées à l'article 2 TUE. Ce principe découle d'une interprétation audacieuse des articles 2 et 49 TUE, selon lesquels le respect des valeurs constitue à la fois une condition d'adhésion et une obligation de résultat. Il marque la naissance d'un véritable contentieux des valeurs, destiné à pallier le « dilemme de Copenhague », c'est-à-dire l'absence de contrôle effectif du respect des valeurs après l'adhésion. La thèse visera à déterminer si ce principe peut réellement résoudre ce dilemme et garantir la protection des valeurs européennes. Les enjeux sont triples. D'abord, le principe offre un fondement juridique nouveau permettant à l'Union européenne de faire effectivement respecter ses valeurs. Ensuite, il contribuerait à la formation d'une identité européenne fondée sur des valeurs partagées par l'ensemble des Européens. Enfin, par son ancrage transversal, le principe de non-régression se retrouve dans d'autres domaines (environnement, droits sociaux, contentieux constitutionnel), traduisant une tendance universelle à ériger la « progression » en exigence juridique. La thèse s'interrogera également sur la définition de la régression, l'identification des valeurs concernées et la portée juridique du principe. En effet, la non-régression impliquerait a minima le maintien d'un statu quo, voire une progression. Mais qu'entend-on par « régression » ? Par ailleurs, la réception du principe est plurielle : certains y voient un instrument peu opérant ; d'autres y discernent une obligation continue de résultat pour les États membres, ouvrant la voie à la justiciabilité autonome de l'article 2 TUE ; enfin, d'aucuns considèrent qu'il exprime avant tout une « prise de conscience » collective du sens du projet européen. En somme, la thèse analysera dans quelle mesure le principe de non-régression des valeurs peut devenir un pilier du droit de l'Union européenne, garantissant la cohérence normative, la défense des valeurs communes et la consolidation d'une identité européenne partagée face aux tendances illibérales et aux divisions internes.