La réparation du dommage corporel est un enjeu juridique, social et économique majeur, dont l'importance ne cesse de croître face à l'évolution des attentes sociales en matière de justice et d'équité. À mesure que se multiplient les dommages corporels individuels et collectifs, amplifiés notamment par les scandales sanitaires tels que ceux du Médiator ou de la Dépakine, la question de l'indemnisation effective, rapide et équitable des victimes devient un enjeu central de notre société contemporaine. La réparation du dommage corporel a longtemps été confiée au seul service public de la justice. À chaque victime son parcours procédural, avec ses contraintes propres : expertise médicale, longueurs procédurales, coûts élevés et incertitude quant à la reconnaissance finale du droit à réparation. Le système judiciaire, malgré ses mérites indéniables, ne contente plus suffisamment les victimes pas plus qu'il ne satisfait les personnes tenues à réparation. C'est ainsi développé tant en réaction qu'en parallèle une prise en charge du préjudice corporel strictement administrative. Un office national a été créé dont les missions augmentent au gré des scandales sans qu'aucun plan d'ensemble n'ait été réfléchi. De proche en proche, on a vu naître sans jamais qu'il ne soit nommé - un service public alternatif de la réparation du dommage corporel, qui serait caractérisé par une prétendue amélioration de la gestion administrative des sinistres et un effort d'accélération et de simplification du processus indemnitaire. Le remplacement lent mais progressif du juge par un administrateur ne va pas sans poser d'importantes questions de nature juridiques, sociologiques, économiques ou bien encore politiques. On peut se demander pêle-mêle (et entre autres interrogations) si une indemnisation administrative et amiable est de nature à lotir aussi pertinemment la victime qu'une indemnisation judiciaire et contentieuse ?, si l'indépendance d'un administrateur est assurément équivalente à celle d'un juge ?, si une approche du sujet par les coûts environnés de la réparation est de nature à garantir la paix sociale ?, :, si l'on peut se satisfaire que le service public de la justice s'offre aux victimes qui ont les moyens d'attendre le rétablissement de leur dignité tandis que les moins loties sont résignées à se contenter du service de la réparation du dommage corporel ? L'intégration de nouveaux outils technologiques, la tentation grandissante de l'algorithmisation des procédures réparatoires, introduit les prémices d'une nouvelle tension : comment concilier une évaluation personnalisée du dommage corporel avec l'idée novatrice d'une évaluation mathématique prétendument gage de transparence et d'égalité arithmétique ? La présente recherche se donne de questionner cette concurrence des modèles de réparation. Elle se veut juridique en première intention mais certainement pas refermée sur le seul droit privé. Pour la mener à bien, seront convoquées entre autres la science administrative, la théorie des organisations, la sociologie. Elle invitera à réfléchir sur les profondes implications d'un éventuel basculement vers un authentique service public de la réparation du dommage corporel, aujourd'hui inexistant en ce sens où il n'est pas nommé ni conceptualisé mais dont les prémices et enjeux, tout autant juridiques que socio-économiques, se dessinent dans le paysage contemporain.