Le code de droit castillan connu sous le nom de Siete Partidas stipule, dans sa deuxième partie, que le peuple est l'âme sensible (ou sensitive) du royaume. Après cette définition, le code légifère sur la manière dont le peuple-âme sensible perçoit à travers les cinq sens externes, puis se concentre sur les cinq sens internes ou opérations post-sensorielles (le sens commun, la fantaisie, l'imagination, la considération et la mémoire). Je soutiens que cette législation, fondée sur les principes de la science aristotélicienne de l'âme, offre une nouvelle définition du sujet de droit qui prend en compte non seulement les actions, mais aussi les passions et les affects. Ainsi, le corps du droit s'approprie certains éléments de la science de l'âme dans le but de créer ce type de subjectivité. À la suite de cette affirmation, j'examine les façons dont les affects et les passions deviennent centraux dans ce projet législatif. Je suggère que l'originalité du code et de la législation qu'il contient est liée aux circonstances historiques et intellectuelles du monde ibérique entre le 11e et le 13e siècle : les Siete Partidas ne sont pas le résultat de ces circonstances, mais plutôt une réponse très audacieuse à certains des débats qui ont eu lieu dans les milieux musulmans, juifs et chrétiens et qui ont discuté de la possibilité d'une affinité entre le droit et les corpus philosophiques. Cette réponse ambitieuse transforme en fait le contexte, car il ne s'agit pas d'une intervention à caractère théorique ou spéculatif, mais d’une réponse codifiée, législative à la question de savoir s'il existe une affinité entre le droit et les corpus philosophiques. Ceci implique une nouvelle forme d'écriture du droit, tel qu’on le voit dans les Partidas. Inclure l'étude du droit ibérique médiéval dans les disciplines du droit et des sciences sociales, ainsi que dans l'histoire du droit, représente un défi pour certains des principes les plus traditionnels de ces domaines d'étude.