Au sein du système pénal français, le principe de la présomption d'innocence implique qu'il incombe aux autorités d'établir la culpabilité du prévenu. À cette fin, celles-ci mènent des investigations et constituent un dossier pénal rassemblant l'ensemble des éléments à charge et à décharge. Ce dossier, véritable réceptacle des actes d'enquête, s'impose comme la pierre angulaire de la préparation de la défense des intérêts de chacune des parties. Le régime juridique encadrant l'accès au dossier pénal se trouve au croisement de deux exigences fondamentales : d'une part, le respect rigoureux des droits de la défense ; d'autre part, la préservation du secret entourant les actes d'enquête, condition de leur efficacité. Depuis le début des années 2000, les droits de la défense bénéficient d'une reconnaissance croissante. Ce mouvement a contribué à une amélioration progressive de l'accès au dossier, destinée à garantir l'effectivité du principe du contradictoire, tant en ce qui concerne la régularité des actes d'enquête que la force probante des éléments recueillis. Cette évolution s'inscrit par ailleurs dans un contexte de modernisation procédurale, marqué par le développement des technologies numériques et la dématérialisation croissante de la procédure pénale. Néanmoins, si l'accès au dossier a été indéniablement facilité au tournant du XXIᵉ siècle, d'importants progrès restent à accomplir. Parmi les difficultés persistantes figure notamment la question de l'accès « en temps utile », laquelle demeure insuffisamment explorée, alors même qu'un simple droit formel d'accès ne saurait garantir, à lui seul, le respect du principe du contradictoire. Il est en effet impératif que les justiciables, ainsi que leurs conseils, disposent du temps et des moyens nécessaires pour consulter le dossier, analyser les pièces qui le composent, en discuter la pertinence et, le cas échéant, en contester le contenu. À défaut, l'exercice des droits de la défense demeure illusoire. Cette problématique s'étend également à l'information relative au droit d'accès au dossier, en particulier lorsque les justiciables choisissent de ne pas être assistés par un avocat. Or l'effectivité de ce droit suppose, en premier lieu, qu'il soit connu de ceux auxquels il est destiné. Les présents travaux ont ainsi pour objet d'interroger, à la lumière du droit positif, les conditions d'accès au dossier pénal par les justiciables et leurs conseils, dans la perspective de la préparation effective de leur défense.