Le concept de finance islamique renvoie à l'ensemble des activités financières et commerciales qui assujettissent leurs objectifs de rendement au respect des principes de la Charia, Coran et Sunna qui « (guident) le comportement économique d'l'Homme, en lui précisant ce qui est licite et ce qui est illicite du point de vue religieux ». Plus précisément, elle se définit par la prohibition de l'intérêt (riba), de l'incertitude (gharar), de la spéculation (maysir), ainsi que par l'interdiction d'investissement dans des secteurs considérés comme illicites (haram). En outre, le droit musulman impose le partage des pertes et des profits, l'adossement d'un actif tangible à tout instrument financier et la redistribution d'une partie des revenus (Zakat, 3e pilier de l'Islam). Bien qu'elle repose sur des principes religieux aux origines très anciennes, la finance islamique est une finance récente dont les spécialistes situent la naissance aux alentours des années 1960, avec la création par l'égyptien Dr. Ahmed Al-Najjar de Mit Ghamr Saving Bank, la première caisse d'épargne islamique. Le mouvement se poursuit avec la création, en 1975, de la Banque islamique de développement dans le but de financier les projets économiques et sociaux et d'accompagner la finance islamique au sein des Etats membres de l'Organisation de la conférence islamique. Parallèlement, « stimulées par le réajustement des prix du pétrole des années 1970 », de nombreuses banques islamiques sont apparues dans les pays du Golfe. Certains Etats de la région réorganisent même leurs systèmes bancaires et développent « un système financier islamique parallèlement au système conventionnel ». Après le 11 septembre 2001, la finance islamique connait un tournant avec, d'une part, la volonté des pays du Golfe de rapatrier leurs capitaux hors des Etats-Unis et, d'autre part, la production d'une épargne massive en provenance de pays émergents, tels que la Malaisie. Progressivement, l'implantation de la finance islamique dépasse les pays musulmans : des « fenêtres islamiques » ) Islamic windows ( sont créés dans la plupart des grandes banques occidentales. En 2004, une banque islamique Islamic Bank of Britain ??, devenue Al Rayan Bank s'installe en Grande-Bretagne. Une dizaine d'années plus tard, d'autres verront le jour en Europe ) Allemagne, Luxembourg(. La récente crise financière et économique internationale a provoqué un regain d'intérêt pour la finance islamique, souvent qualifiée de finance éthiquement responsable et considérée comme une véritable alternative à la finance conventionnelle. Il est difficile de présenter des chiffres sur l'évaluation globale et la taille de ce marché, les estimations varient selon les sources. A titre d'illustration, le rapport Jouini et Pastre avançait en 2008 un chiffre d'environ 700 milliards de dollars et prévoyait que, à l'horizon 2020, le marché de la finance islamique devrait représenter 1.300 milliards de dollars. Selon les experts de l'Islamic Financial Services Board, la valeur de l'ensemble des actifs islamiques dépassait 1600 milliards de dollars en 2015. De leur côté, le Fonds monétaire international (F.M.I.), la Banque mondiale et d'autres organismes financiers internationaux estiment que les avoirs des banques islamiques sont passés de 9 à 1800 milliards de dollars entre 2003 et 2013, soit une progression de 16 % par an. Selon eux, ce secteur dépassait les 2000 milliards de dollars en 2015 et ce montant pourrait encore doubler de volume en 2020. La finance islamique s'est historiquement développée dans les pays de tradition musulmane et reste encore aujourd'hui essentiellement centralisée dans les pays du Golfe et en Asie du Sud-Est. A la faveur de « l'excès de liquidités en provenance des monarchies du Golfe», elle s'est développée en dehors de ses frontières naturelles dans « les grandes places financières mondiales ». Le Royaume-Uni fut le premier pays à parier sur le succès de ce marché de niche en commercialisant, dans les années 1990, les premiers produits conformes à la Charia sur son territoire. Il a