Cette thèse porte sur l'étude du régime juridique et de la mise en uvre de la compliance, entendue comme l'ensemble des dispositifs, normes et mécanismes visant à assurer la conformité des acteurs économiques aux exigences juridiques, éthiques et déontologiques imposées par les autorités publiques ou les standards internationaux. Elle propose une analyse comparée entre la France, les États-Unis, l'Union européenne et certains pays du monde arabe, afin de mettre en lumière les convergences, les divergences et les dynamiques d'influence mutuelle dans la construction des cadres juridiques de la compliance. Le développement de la compliance s'inscrit dans un contexte de mondialisation du droit, marqué par la montée en puissance des risques juridiques, réputationnels et financiers, notamment en matière de lutte contre la corruption, le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme, ou encore la protection des données personnelles. Dans ce cadre, la compliance ne se limite plus à une simple logique d'auto-régulation, mais tend à devenir un instrument de gouvernance imposé, y compris de manière extraterritoriale, par certaines puissances étatiques ou organisations internationales. La thèse s'organise autour de deux axes principaux : L'analyse du régime juridique de la compliance, en étudiant la nature, la portée et la hiérarchie des normes applicables, le rôle des autorités de régulation et de contrôle, ainsi que les obligations mises à la charge des entreprises (programmes de conformité, cartographies des risques, mécanismes d'alerte, devoir de vigilance, etc.). L'examen de la mise en uvre pratique de la compliance, à travers l'étude de cas emblématiques, les contraintes opérationnelles rencontrées par les acteurs économiques, les interactions entre droit public et droit privé, ainsi que l'impact des sanctions, incitations et mécanismes de coopération internationale. L'approche comparative permet de montrer comment le modèle américain de la compliance, fondé sur la dissuasion par la sanction et les accords de poursuite différée (DPAs), influence profondément les pratiques en Europe et dans le monde arabe, tout en suscitant des résistances liées aux principes de souveraineté, de légalité des délits et des peines ou de protection des droits fondamentaux. Elle met également en lumière l'émergence progressive d'un droit transnational de la compliance, au croisement du droit pénal, du droit des affaires, du droit international et des droits de l'homme. L'objectif de cette recherche est de contribuer à une meilleure compréhension des logiques juridiques à l'uvre dans la compliance, de dégager des critères d'évaluation de son effectivité, et d'identifier les conditions d'une intégration équilibrée de la compliance dans les ordres juridiques nationaux.