La mondialisation économique et la globalisation ont profondément modifié les rapports entre États, instaurant une interdépendance croissante. Bien que cette interdépendance puisse être bénéfique, elle entraîne aussi une globalisation des problèmes, dont la crise climatique est l'exemple le plus frappant. Face à ces défis planétaires, les économistes ont souligné l'existence de biens publics mondiaux. Ces derniers se définissent comme un ensemble de biens nécessaires à l'échelle mondiale, dont la préservation est essentielle à l'intérêt général de l'humanité, tel que la santé internationale, l'environnement, l'éducation ou encore la sécurité internationale.À l'inverse, les États sont tenus de préserver leurs intérêts individuels et, pour ce faire, de garantir la production de biens stratégiques. Les biens stratégiques englobent tous les éléments qui permettent aux États d'assurer leur indépendance et leur capacité de régulation, dans le but d'accroître leur puissance. Cette notion est à la fois juridique et politique, car ce sont les États eux-mêmes qui définissent leurs intérêts stratégiques, parfois en renforçant leur souveraineté sectorielle par des politiques d'autonomie alimentaire ou énergétique. Au niveau régional, la notion d'autonomie stratégique est apparue comme un moyen de renforcer, par exemple, la souveraineté européenne. Cependant, ces deux types de biens sont régulièrement en concurrence, générant des conflits normatifs et de gestion. Les biens publics mondiaux, souvent perçus comme des objectifs collectifs à atteindre telle la préservation de l'environnement ou de la santé mondiale (exemple du COVID 19), impliquent une régulation de certains biens stratégiques, comme l'énergie. Cette confrontation inhérente entre la logique de puissance étatique et celle de l'intérêt général de l'humanité rend la coopération internationale indispensable. Plus encore, elle exige une nouvelle approche du droit international public et, notamment, de sa production normative, afin de combler ce fossé. En outre, le retour actuel à des politiques souverainistes dans de nombreux gouvernements a entraîné une multiplication de la production de biens stratégiques, parfois au détriment de la préservation des biens publics mondiaux. Cette tendance illustre les difficultés rencontrées par le droit international dans un contexte de crise du multilatéralisme. De plus, l'émergence de destructeurs globaux : des entités publiques ou privées dont les actions sont susceptibles de nuire, voire de détruire, un ou plusieurs biens publics mondiaux. Ce concept met en lumière une dimension critique, souvent négligée, des défaillances de la gouvernance mondiale. En définitive, l'interdépendance entre les biens stratégiques et les biens publics mondiaux pousse à rechercher des réponses juridiques efficaces. Ces réponses doivent impérativement concilier la sauvegarde des intérêts généraux de l'humanité et la définition de critères pour les biens stratégiques permettant aux États de conserver leur puissance légitime. Cet équilibre délicat est essentiel pour relever les défis contemporains de la sécurité humaine dans un paysage du droit international en constante évolution.