Cette thèse analyse la manière dont les négociations de paix sont façonnées non seulement par des intérêts politiques et des dispositifs institutionnels, mais aussi par des structures et des pratiques temporelles. Elle soutient que le temps constitue une dimension centrale des dynamiques de négociation. À partir d'une étude approfondie des négociations de paix en Irlande du Nord, elle montre que les acteurs négocient non seulement dans le temps, mais par le temps, en mobilisant différents paramètres temporels pour susciter un élan politique, gérer l'incertitude et rendre possible la conclusion d'un accord. La recherche propose, à cet effet, un cadre analytique original, structuré autour de cinq dimensions temporelles. La première dimension, les représentations historiques, examine l'influence des mémoires collectives et des récits du passé sur le contenu et les pratiques de négociation. En Irlande du Nord, les interprétations nationalistes et unionistes de l'histoire ont structuré les enjeux négociables, nourri les revendications constitutionnelles et alimenté la méfiance entre les délégations, tout en servant d'outils de légitimation interne. La deuxième dimension, la séquence, analyse le développement à long terme du processus de paix et montre comment des initiatives antérieures ont préparé l'Accord du Vendredi saint. Elle est complétée par le concept de séquençage, qui désigne les stratégies visant à organiser l'ordre des discussions afin d'influencer les négociations. La troisième dimension, le timing, montre comment les acteurs ont utilisé le choix du moment comme ressource tactique et comment les calendriers externes, élections, commémorations et crises, ont influencé l'élan politique des pourparlers. La quatrième dimension, la simultanéité, porte sur la coexistence d'arènes de négociation parallèles, formelles et informelles, dont l'interaction a produit à la fois des opportunités et des blocages. Enfin, la cinquième dimension analyse la durée du conflit et des négociations, en montrant comment le conflit prolongé a transformé l'agenda des pourparlers, tandis que l'engagement à long terme des parties a favorisé l'apprentissage institutionnel, la confiance et la conclusion d'un accord. Ensemble, ces cinq dimensions montrent que les temporalités constituent des éléments centraux des pratiques de négociation. La thèse conclut que les processus de paix sont des constructions temporelles dans lesquelles les acteurs interprètent et organisent le temps pour produire ou entraver l'élan politique, et propose un cadre analytique transférable pour l'analyse des règlements politiques dans différents contextes de résolution des conflits.