A partir du cas des Indiens des établissements français de l'Inde, admis à l'électorat politique en 1848 bien que régis par un statut juridique distinct de l'état civil français, la thèse réfléchie sur les conditions mises à l'accès et à l'exercice des droits de citoyen sous la IIIe république. Elle dégage ainsi un modèle républicain du citoyen, fondé non pas sur le droit inaliénable des individus à être représentés dans l'espace politique, mais sur l'adhésion aux valeurs de l'état républicain. Cette adhésion les Indiens doivent la prouver, non seulement en renonçant à leur statut personnel pour l'état civil français, mais en satisfaisant encore à des critères de capacité censés établir la sincérité de leur renonciation : les renonçants doivent encore être diplômés de l'université ou des grandes écoles, ou bien avoir servis l'état comme magistrats ou fonctionnaires, être décorés ou avoir exercé un mandat électoral et, toujours lire et écrire le français. Ces critères fondent un véritable sens civique. Son imposition permet à la république aux colonies de ne pas fonder l'accès à la citoyenneté sur le seul critère de l'origine. Mais de fait elle ferme aux colonisés la possibilité d'accéder jamais à une représentation politique. Alors qu'avec la proclamation du suffrage universel l'ordre social apparaissait subordonné à sa constitution politique comme ordre légitime, désormais il conditionne la production de ce dernier. L'ordre social ainsi réifié dans l'ordre politique, c'est toute une construction nouvelle qui se déploie progressivement dans l'espace colonial. A la politique d'assimilation se substitue la politique d'association, plaçant en son centre non plus le citoyen, mais le fonctionnaire colonial, pensé et présenté comme l'incarnation même de l'état républicain et de ses valeurs. Au droit se substitue le devoir, au politique, la morale, à la liberté politique, la nécessité naturelle. (Doc Thèses)