La thèse cherche à saisir l'univers de l' "éducation populaire" au regard de ses rapports avec le champ politique. Elle s'appuie pour ce faire sur une enquête de plusieurs années, dans les différents espaces où évoluent les cadres dirigeants des principales organisations d'éducation populaire. L'enquête, qui a suivi une logique ethnographique, s'est déployée depuis un Comité régional des associations de jeunesse et d'éducation populaire (Crajep). Elle mobilise à la fois des observations in situ, des passations de questionnaires (n=456), la constitution de bases de données, des entretiens semi-directifs (n=51) et des analyses de contenus. La première partie de la thèse est socio-historique. Elle cherche à reconstituer la genèse puis les métamorphoses de l'espace de l'éducation populaire, en s'appuyant sur la littérature existante mais aussi sur des données originales, relatives aux évolutions récentes des principales organisations "Jep" ou aux tentatives contemporaines de "repolitiser l'éducation populaire". La seconde partie de la thèse s'interroge sur la place des ressources politiques au sein des organisations laïques (Céméa, Ligue de l'enseignement, Francas). En explorant statistiquement la morphologie de ces organisations et en s'intéressant aux ressources que détiennent leurs différentes catégories de salariés, elle montre que la compétence politique y fait figure, pour les cadres, de compétence professionnelle spécifique. Elle s'intéresse en outre, grâce aux matériaux issus d'une campagne d'entretiens, aux processus de socialisation politique qu'ont connu les différentes générations en présence. La troisième partie de la thèse porte quant à elle sur une configuration locale de l'éducation populaire, traversée de conflits relatifs aux formes légitimes de l'activité. Elle met en avant les luttes d'organisation et les luttes générationnelles qui s'y déroulent, tout en montrant que « le politique » y est une catégorie de l'entendement professionnel importante, désignant des ressources efficientes du point de vue des organisations. La dernière partie de la thèse porte, enfin, sur les phénomènes de socialisation politique institutionnalisée, en examinant tour à tour trois types de pratiques contemporaines : les "technologies participatives" qui constituent l'héritage commun des différents groupes d'éducateurs populaires ; les pratiques d'éducation "à la citoyenneté" que déploient aujourd'hui les organisations laïques ; les pratiques de "conscientisation" héritées de Paolo Freire auxquelles s'donnent les milieux de "l'éducation populaire politique"