L'extension de l'usage de la prophylaxie préexposition (PrEP) s'est imposée ces dernières années comme une priorité des acteurs et actrices de la lutte contre le VIH/sida. Ce projet de thèse propose d'étudier la fabrique des politiques d'inclusion des minorités de genre au paradigme biomédical de la prévention du VIH en France hexagonale comme celle d'une configuration de gouvernement structurée par et structurant des inégalités sociales de santé spécifiques. Il s'intéresse aux mécanismes de production de l'efficacité de la PrEP comme à ceux d'un instrument d'action publique. Il propose dans ce cadre de problématiser la relation entre l'efficacité politique de l'instrument et celle, biomédicale, des médicaments sur lesquels il s'appuie. En effet, d'un point de vue biomédical, la PrEP varie en efficacité au regard de ce qu'on pourrait appeler son sexe, ou le fonctionnement sexué des médicaments qui la matérialisent. En 2024, près de dix ans après qu'ait été démontrée l'efficacité d'un traitement intermittent pour les hommes cis homosexuels, les femmes cis et les personnes trans sont encore restreintes à l'utilisation continue et journalière du médicament, et ce sur le fondement de connaissances biomédicales postulant un sexe binaire, univoque, et facteur d'(in)efficacité du traitement. Si ces connaissances ne font pas l'objet d'un consensus pharmacologique clair ni sur ce qu'est le sexe, ses métriques, ses logiques d'interaction avec le médicament, son impact sur l'efficacité du traitement elles s'en donnent toutefois l'apparence tant elles circulent au sein de la configuration, y compris parmi les communautés scientifiques, et tant elles semblent déterminer les scenarii de l'action publique préventive, autour, notamment, de la promesse industrielle de l'arrivée de nouvelles molécules à longue durée d'action. Incomplet, incertain, le savoir/ignorance qui caractérise le sexe de la PrEP est pourtant peu remis en question : il semble l'instituer comme naturel, et avec lui, la configuration de gouvernement. Ce projet de thèse entend donc croiser trois perspectives de recherche encore peu articulées dans les sciences sociales françaises : l'analyse instrumentale de l'action publique ; le renouvellement de l'approche biographique de l'étude des médicaments pharmaceutiques ; la critique féministe de la construction du sexe par la technique et les sciences. Il interroge les mécanismes permettant le gouvernement d'une configuration sur la base d'un instrument dont l'efficacité technique varie en robustesse, notamment au prisme du sexe. Dans cette perspective, ce projet de thèse s'intéresse dans chacun des espaces de production de l'efficacité du médicament 1) aux modes de participation des chercheur·euse·s, industriel·le·s, agences publiques, représentant·e·s d'associations de lutte contre le VIH/sida, professionnel·le·s de santé et usager·ères, 2) à la manière dont le sexe, en tant qu'objet de régime de savoirs, transforme la configuration et lui permet de se pérenniser, 3) à l'actualisation du sexe, du genre et de la sexualité en tant que systèmes de normes et de classifications. Autrement dit, on ne s'intéressera pas tant à déterminer ce qu'est le sexe de la PrEP, mais plutôt à documenter ce qu'il fait : le travail politique qu'il réalise pour les acteurs et actrices dominantes de la configuration, et les inégalités sociales de santé qu'il structure. La recherche s'appuie sur divers matériaux et terrains : un large corpus de sources écrites (articles scientifiques, rapports institutionnels, transcriptions de débats sur la règlementation, communiqués de presse) ; l'ethnographie d'un projet de recherche sur la santé sexuelle de femmes travailleuses du sexe immigrées à Marseille, une enquête par entretiens auprès de professionnel·le·s de santé, d'usager·ère·s, d'acteur·ices clé du développement des recherches scientifiques sur la PrEP en France ; l'observation de créneaux de consultation médicale.