Cette thèse porte sur la répression étatique subie par les mouvements natonalistes d’opposition russes. Habituellement, le gouvernement russe est associé au nationalisme et son opposition aux valeurs libérales et démocratiques. Il existe cependant une opposition nationaliste au régime de V. Poutine, ce qui peut sembler paradoxal. A travers le gouvernement russe et son opposition nationaliste, ce sont deux interprétations du nationalisme russe qui se font face : le premier est impérial, multinational, anti-occidental et repose sur la loyauté à l’Etat; le second postule la primauté des Russes ethniques et affirme l’appartenance de la Russie à la culture européenne et à la “race blanche”. Pour trancher ces visions opposées de l’identité russe, c’est la répression, au nom de la lutte contre l’extrémisme, qui nourrit pour une large part le conflit entre le gouvernement russe et ses opposants nationalistes. En effet, alors qu’un rapprochement était possible lorsque V. Poutine arrive au pouvoir en 2000, les mouvements nationalistes hors-système deviennent une menace pour l’ordre public et la stabilité du régime. Des groupes de skinheads commettent de nombreuses agressions racistes, des mouvements, notamment le Mouvement de lutte contre l’immigration illégale (DPNI) créé en 2002, participent à des émeutes ethniques de grande envergure comme à Kondopoga en 2006, des organisations néonazis terroristes organisent des attentats. Alors que les services de sécurité russes se montraient au départ plutôt indulgents face aux violences racistes, une répression plus intense des mouvements nationalistes russes se met en place à partir de la fin des années 2000. En réponse à cette répression, les militants nationalistes s’affirment comme des opposants au régime et appellent à le renverser, quitte à s’allier avec l’opposition libérale. Dans le même temps, les répressions politiques contre les opposants et les voix critiques se renforcent. La lutte contre l’extrémisme devient un instrument de répression politique. S’opposer au pouvoir ou le critiquer, c’est s’exposer à des poursuites judiciaires pour extrémisme. Dans ce contexte, les opposants nationalistes se trouvent dans une position paradoxale : sont-ils poursuivis parce qu’ils font la promotion et l’usage de la violence raciste ou bien parce qu’ils sont des opposants au pouvoir ? De leur côté, ils se présentent comme des combattants de la liberté qui luttent pour la liberté d’expression. La répression provoque une crise du militantisme nationaliste russe. Les organisations sont tour à tour interdites, leur dirigeants emprisonnés. La répression provoque une fragmentation de l’opposition nationaliste et le désengagement d’une grande partie des militants. Ceux qui continuent de lutter s’adaptent mais s’exposent à une pression constante et militent dans des conditions précaires. Ces organisations, qui pouvaient rassembler plusieurs milliers de personnes n’en rassemblent plus que quelques centaines, à la veille de l’invasion massive de l’Ukraine en 2022. L’objet de cette thèse est d’étudier la crise et le désengagement du militantisme nationaliste russe radical provoqués par la répression étatique à partir d’une enquête de terrain réalisée de 2018 à 2022 à Moscou, Vilnius et Riga.