L'objet proposé dans ce programme doctoral s'inscrit dans l'approche transversale dite de « santé dans toutes les politiques » (HiAP) définie par l'OMS comme « une approche intersectorielle des politiques publiques qui tient compte systématiquement des conséquences sanitaires des décisions, qui recherche des synergies et qui évite les conséquences néfastes pour la santé afin d'améliorer la santé de la population et l'équité en santé » (OMS, 2014). Nous proposons de nous positionner à la fois sur le versant des déterminants de santé de cette politique publique et sur les impacts sanitaires, économiques et sociaux de la mise en uvre de l'instrument. L'objet de ce projet est d'analyser une politique de santé publique simultanément dans ses impacts spécifiquement sanitaires et dans ses causes/effets sur d'autres domaines de la vie sociale : système politique, emploi, revenu, environnement, habitat, mobilités. La santé est abordée ici sous l'angle de la justice distributive, c'est-à-dire de ses causes et de ses effets en matière d'inégalités, qui seront mesurées dans différents domaines Les lois d'orientation des mobilités (LOM - 2019) puis Climat et Résilience (2021) à l'issue de la Conférence citoyenne pour le climat, enjoignent les métropoles françaises de plus de 150.000 habitants de lutter contre la pollution atmosphérique des centres urbains densément peuplés. Pour ce faire, elles s'appuient sur un instrument de politique publique à visée de santé humaine : les Zones de Faible Emission-mobilité (ZFE-m) qui doivent être mises en place d'ici au 31 décembre 2024. L'objectif général est d'améliorer la qualité de l'air et le bien-être des citoyens par l'interdiction d'accès des véhicules de particuliers et d'entreprises les plus polluants aux centres-villes, dans le cadre plus global d'une politique de santé environnementale. Si le principe général est commun, les modalités de mise en uvre et en particulier le périmètre et le calendrier sont déterminées par les collectivités locales concernées. 11 métropoles françaises, dont Le Grand-Paris, Montpellier et Toulouse sont déjà concernées par les ZFE-m en 2022. Une quarantaine d'autres doit développer le dispositif prochainement. Cet instrument de régulation de la mobilité urbaine, qui a déjà été déployé dans des métropoles européennes, et notamment dans des capitales de pays voisins de la France notamment Berlin, Londres, Madrid et Bruxelles, s'appuie sur le constat de la pollution atmosphérique comme première cause environnementale de décès dans le monde. Dans l'Union Européenne, 96 % de la population urbaine est exposée à des concentrations de particules fines que l'OMS considère comme dangereuses (Agence européenne de l'environnement, 2022). En France, on dénombre 48.000 morts dues à la pollution de l'air dans la période 2007-2008 (Santé Publique France, 2016). Les conséquences sanitaires de cette pollution de l'air en milieu urbain sont aujourd'hui bien documentées et leur ampleur objectivée. En plus de la mortalité prématurée, la pollution de l'air en milieu de forte densité urbaine est corrélée à une augmentation de l'incidence de nombreuses pathologies (accidents cardio-vasculaires, diabète, prééclampsie, cancer du poumon et autres atteintes pulmonaires, etc.), ainsi qu'une vulnérabilité accrue aux affections broncho-pulmonaires. Il est donc attendu des ZFE un impact positif sur la santé de la population en réduisant les maladies liées à la pollution de l'air, mais aussi sur la réduction du bruit dans ces zones urbaines denses, sur le climat, voire l'économie locale, et le bien-être général en favorisant un environnement urbain plus sain et agréable. Dans un contexte de saturation des services de soin hospitalier et de coût de santé publique élevé de la prise en charge de ces pathologies, il paraît urgent d'évaluer avec précision les tenants et aboutissants de ces implications multifactorielles. L'antériorité de la ZFE du grand Paris, comme de plusieurs autres villes en Europe, a permis de montrer un impact non négligea