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Isabelle Bruno

Professeur, Science politique.

Université Lille · Faculté des Sciences Juridiques, Politiques et Sociales Centre d'Études et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales — CERAPS
Université de LilleFaculté des Sciences Juridiques, Politiques et SocialesCentre d'Études et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales

Actualités scientifiques

Colloque
7 juin 2021
Colloque
23 mars 2018 · Lille
Colloque
17 nov. 2017 · Paris
Colloque
27 mars 2015

Publications scientifiques

  • Thèse

    THESE
    Déchiffrer l'Europe compétitive : étude du benchmarking comme technique de coordination intergouvernementale dans le cadre de la stratégie de Lisbonne, soutenue en 2006 à Paris Institut détudes politiques sous la direction de Christian Lequesne 

    Cette thèse étudie les implications politiques du benchmarking comme technique de coordination intergouvernementale dans le cadre de la stratégie européenne de Lisbonne. Elle examine en quoi cette pratique manifeste la transition d’une intégration par le droit vers une européanisation par le chiffre. Une première partie retrace la généalogie des usages du benchmarking, mis au point dans l’industrie japonaise puis discipliné aux Etats-Unis comme outil de gestion par objectifs. Promue dans les administrations étatiques par le New Public Management, cette technique de pilotage et de contrôle à distance s’est propagée au sein de l’Union par l’entremise de la DG Industrie et de l’ERT. En mars 2000, les chefs d’Etat et de gouvernement en ont fait la pièce maîtresse d’un programme décennal visant à ce que l’Union devienne « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Pivot de la « Méthode Ouverte de Coordination », elle consiste en un exercice d’étalonnage des performances nationales, qui s’appuie sur des indicateurs statistiques, des tableaux de bord et des classements. Sa médiation dans les relations entre gouvernants est censée susciter une émulation qui les incite à aménager un « environnement » propice aux activités entrepreneuriales. Afin d’en préciser les effets sur la forme et le sens de l’Europe en construction, la seconde partie présente deux expériences de benchmarking : l’une atteste la force de ce levier pour réaliser un « Espace Européen de la Recherche » sur le modèle d’un marché compétitif ; l’autre révèle son caractère faillible et résistible s’agissant d’organiser la lutte contre l’exclusion dans un souci de cohésion sociale.

  • Ouvrages

    Isabelle Bruno, Franck Cochoy, Illel Kieser el Baz, Michel Callon, Cédric Calvignac, Du lien marchand: comment le marché fait société essai(s) de sociologie économique relationniste, Presses universitaires du Midi, 2020  

    Isabelle Bruno, Florence Jany-Catrice, Béatrice Touchelay (dir.), The social sciences of quantification: from politics of large numbers to target-driven policies, Springer, 2016, Logic, argumentaion & reasoning, 204 p. 

    Isabelle Bruno (dir.), Enquête sur le made in France: la marque France à l'épreuve de la mondialisation, First Éditions, 2015, 284 p. 

    Isabelle Bruno, Emmanuel Didier, Julien Prévieux (dir.), Statactivisme. Comment lutter avec des nombres: comment lutter avec des nombres, La Découverte / Zones, 2014, 269 p. 

    Isabelle Bruno, Emmanuel Didier, Benchmarking: l'État sous pression statistique, Editions de La Découverte et Zones, 2013, 209 p. 

    Isabelle Bruno, Pierre Clément, Christian Laval, La grande mutation: néolibéralisme et éducation en Europe, Institut de recherches de la FSU, 2010, Comprendre et agir, 135 p. 

    Isabelle Bruno, À vos marques®, prêts... cherchez !: la stratégie européenne de Lisbonne, vers un marché de la recherche, Éditions du Croquant, 2008, Collection savoir/agir, 267 p. 

    Isabelle Bruno, Christian Lequesne, Déchiffrer l'Europe compétitive: étude du benchmarking comme technique de coordination intergouvernementale dans le cadre de la stratégie de Lisbonne,, 2006, 852 p. 

    Cette thèse étudie les implications politiques du benchmarking comme technique de coordination intergouvernementale dans le cadre de la stratégie européenne de Lisbonne. Elle examine en quoi cette pratique manifeste la transition d’une intégration par le droit vers une européanisation par le chiffre. Une première partie retrace la généalogie des usages du benchmarking, mis au point dans l’industrie japonaise puis discipliné aux Etats-Unis comme outil de gestion par objectifs. Promue dans les administrations étatiques par le New Public Management, cette technique de pilotage et de contrôle à distance s’est propagée au sein de l’Union par l’entremise de la DG Industrie et de l’ERT. En mars 2000, les chefs d’Etat et de gouvernement en ont fait la pièce maîtresse d’un programme décennal visant à ce que l’Union devienne « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Pivot de la « Méthode Ouverte de Coordination », elle consiste en un exercice d’étalonnage des performances nationales, qui s’appuie sur des indicateurs statistiques, des tableaux de bord et des classements. Sa médiation dans les relations entre gouvernants est censée susciter une émulation qui les incite à aménager un « environnement » propice aux activités entrepreneuriales. Afin d’en préciser les effets sur la forme et le sens de l’Europe en construction, la seconde partie présente deux expériences de benchmarking : l’une atteste la force de ce levier pour réaliser un « Espace Européen de la Recherche » sur le modèle d’un marché compétitif ; l’autre révèle son caractère faillible et résistible s’agissant d’organiser la lutte contre l’exclusion dans un souci de cohésion sociale.

  • Chapitres d'ouvrage

    Isabelle Bruno, Sophie Jacquot, Lou Mandin, « L’européanisation saisie par son instrumentation : benchmarking, gender mainstreaming et MOC… boîtes à outils ou boîtes de Pandore ? », in Bruno Palier, Yves Surel (dir.), L'Europe en action - L'européanisation dans une perspective comparée :, Éditions L'Harmattan, 2007 

  • Articles

    Isabelle Bruno, François Briatte, Guillaume Carnino, Béatrice Cherrier, « Si le roi savait », Tracés : Revue de Sciences Humaines, ENS Éditions, 2018, pp. 89-98   

    Isabelle Bruno, Emmanuel Didier, Tommaso Vitale, « Statactivism: forms of action between disclosure and affirmation », Partecipazione e conflitto - PArticipation and COnflict, Università del Salento, 2014, n°2   

    Isabelle Bruno, Sophie Jacquot, Lou Mandin, « Europeanization through its instrumentation »: Benchmarking, mainstreaming and open method of coordination… Toolbox or Pandora’s nox ?, Journal of European Public Policy, Taylor & Francis (Routledge), 2006, n°4   

  • Communications

    Isabelle Bruno, « La nature sous contrat », le 07 juin 2021 

    Organisé par Raphaël Morera, CNRS, GHREN et Thomas Le Roux, CNRS, GHREN, avec le soutien du CRH et du RUCHE

    Isabelle Bruno, « Anarchisme et sciences sociales », le 23 mars 2018 

    Organisé par Samuel Hayat, Chargé de recherche CNRS et Sidonie Verhaeghe, Docteure en science politique

    Isabelle Bruno, « Le retour des Frontières », le 17 novembre 2017 

    Cinquième Journée des sciences sociales où les chercheurs présenteront leurs travaux dans une version française accessible à un large public

    Isabelle Bruno, « Quelles solutions pour résoudre le problème de la dette publique ? », le 20 octobre 2017 

    Organisée dans le cadre du Master 2 Finances et fiscalité publiques de Lille en collaboration avec le CRDP, le CERAPS et de l’IPAG de Lille, l’IDP de l’Université de Valenciennes.

    Isabelle Bruno, « Santé, exclusion, citoyenneté », le 27 mars 2015 

Encadrement doctoral

  • Thèses dirigées

    Adrien Vouliot, Gouverner la recherche à l'ère de l'IA générative. Enjeux de pouvoir, transformations du travail scientifique en laboratoire et nouvelles frontières méthodologiques., soutenue en 2025 à Université de Lille 2022 

    Cette thèse se propose d'examiner l'introduction de l'intelligence artificielle générative comme instrument de gouvernement de la recherche publique en laboratoire. Loin d'être un simple outil technique, l'IA s'impose aujourd'hui comme un objet politique et institutionnel, reconfigurant les manières de « faire science » et redessinant les équilibres entre autonomie et contrôle, expérimentation et évaluation. Dans le contexte d'un volontarisme étatique et d'initiatives multiples de l'ESR, l'IA générative équipe de nouveaux dispositifs qui redéfinissent les conditions de production et de circulation des savoirs dans les laboratoires universitaires. Cette thèse s'intéresse aux effets de pouvoir de ces technologies : comment elles conduisent les conduites, suscitent résistances et détournements, et participent à redessiner les rationalités gouvernant la recherche en France et à l'international. L'enquête combinera une approche ethnographique des pratiques scientifiques (observations, entretiens, comparaisons entre laboratoires) avec des analyses documentaires et quantitatives (corpus institutionnels, prosopographie, données de carrière). Elle porte sur plusieurs terrains français et internationaux, afin, entre autres, de comparer l'impact de dispositifs promus « par le haut » (plans nationaux, ANR, CNRS etc.) et « par le bas » (plateformes de données, initiatives locales, usages individuels etc). Au-delà de l'étude de ces transformations, le projet prend l'IA comme méthode autant que comme objet, interrogeant les nouvelles frontières méthodologiques qu'ouvrent ses usages en sciences sociales. Il vise ainsi à éclairer, de manière critique et réflexive, la manière dont l'IA générative recompose aujourd'hui le travail de chercheur, entre promesses d'une science « augmentée » et réalités matérielles ordinaires du travail académique.

    Victor Loth, Une main verte du pouvoir ? : sociologie environnementale d'une mise au travail touristique des vivants humains et non-humains en Baie de Somme., soutenue en 2020 à Université de Lille 2022 en co-direction avec Anne-Cécile Douillet 

    Partant des travaux d'anthropologie de la nature permettant de dépasser la dichotomie occidentale entre nature et humain, notre projet de thèse consistera en une analyse des constructions des conceptions conservationnistes et préservationnistes de gestion de la nature au sein de Parcs naturels en France. Ces dernières apparaissant alors témoigner d'une même conception de l'humain comme extérieur à la nature. Etudiant le cas du Parc naturel régional « Baie de Somme Picardie maritime » ainsi que celui de Parc du Marquenterre préexistant en son sein, nous chercherons à comprendre la façon dont différentes conceptions des rapports entre sociétés humaines et nature alimentent les politiques de préservation du vivant. Mais aussi comment ces différentes conceptions s'affrontent ou coexistent et comment elles évoluent, dans de tels dispositifs d'action publique. Notre problématique consistera donc à interroger comment les acteurs politico-administratif, associatif et professionnel participent d'une gouvernance des rapports humains/nature dans les dispositifs étudiés ?

  • Membre du jury

    Antoine Hardy, La science et son empreinte. Une sociologie des mobilisations scientifiques autour du CO2e, soutenue en 2024 à Bordeaux sous la direction de Daniel Compagnon, membres du jury : Johanna Siméant-Germanos (Rapp.), Morgan Jouvenet (Rapp.), Olivier Beraud Martin et Soraya Boudia  

    Cette enquête suit une tentative de « décarbonation » de la recherche publique en France, au tournant des années 2020, afin de comprendre ce qu’elle entraîne dans la relation à la construction et la circulation des connaissances et à l’autorité de la science. Mobilisant une sociologie processuelle et interactionniste, l’enquête a porté sur le monde social de la quantification carbone des laboratoires publics : des protagonistes qui s’organisent pour produire, par un processus de quantification, de nouvelles données afin d’analyser les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle des laboratoires, exprimées en dioxyde de carbone équivalent, et qui essaient d’identifier et de prendre des mesures pour les diminuer. À l’aide de matériaux qualitatifs, avec un ancrage en sociologie des sciences, et au carrefour des études sociales de la quantification et de la sociologie de l’environnement, cette enquête cherche à comprendre pourquoi et comment ces protagonistes tentent, à un moment, de contraindre leur activité professionnelle. Elle examine différentes façons de travailler, de connaître et de s’engager dans les métiers de la recherche, les valeurs qui les sous-tendent et la manière dont le travail scientifique, ou ce qu’il doit être, est chargé de façon normative. Cette thèse décrit et analyse une recomposition dans l’arrière-plan moral des sciences au sein de ce monde social, qui conduit les protagonistes à interroger des pratiques et des représentations qui ne l’étaient pas auparavant, ou pas sur ce fondement-là, et à travailler ainsi les frontières épistémiques, matérielles et éthiques de la science.

    Thibault Boughedada, Terre, foncier et environnement : matérialité, transversalité et action publique de développement au Bénin, soutenue en 2022 à Université de Lille 2022 sous la direction de Bruno Villalba présidée par Allison Loconto, membres du jury : Andy Smith (Rapp.), Magalie Bourblanc (Rapp.), Raphaëlle Parizet et Philippe Lavigne Delville    

    Cette thèse, à la croisée de la sociologie politique de l'action publique et de la political ecology, prend pour objet de recherche le nexus terre-foncier-environnement et analyse les perceptions, représentations, pratiques et usages politiques qui lui sont adossés. L'enquête repose sur des entretiens semi-directifs, complétés par des observations ethnographiques et une immersion sur près de 12 mois échelonnées entre 2016 et 2018 sur trois terrains principaux : le département des Collines, la commune de Cotonou et les institutions de pouvoirs et de développement. Cette recherche souligne d'une part l'ambivalence du concept de foncier et l'importance à articuler ensemble construction sociale et caractéristiques matérielles autour de ce dernier ; et d'autre part, la thèse insiste sur la place centrale que tient l'imaginaire d'une modernisation du cadre légal de gestion administrative par des changements organisationnels et instrumentaux impulsés par l'ingénierie sociale du développement. De manière plus générale, la thèse analyse en quoi toute une somme d'enjeux transversaux à la gestion des terres se voit dépolitisée, reléguée ou invisibilisée par les dispositifs techniques et experts de mise en œuvre de la politique foncière, entraînant l'absence de débats autour de ces questions.

    Aline Waltzing, Pour transformer les universités : l'émergence de l'évaluation des universités en France et aux Pays-Bas, années 1980 et 1990, soutenue en 2020 à Paris EHESS sous la direction de Dominique Pestre présidée par David Pontille, membres du jury : Willem Halffman (Rapp.), Christine Musselin (Rapp.), Julie Bouchard  

    Cette thèse porte sur deux institutions d’ « évaluation » des universités créées en 1985 en France (le Comité national d'évaluation) et aux Pays-Bas (l'association des universités néerlandaises). Aujourd’hui, l’évaluation de la recherche et de l’enseignement est principalement étudiée en tant qu’outil « néomanagérial » de gouvernement des universités. Or, cette interprétation ne correspond pas à son histoire : dans cette thèse, je propose de partir de situations concrètes dans lesquelles des formes ensuite dites d’ « évaluation » ont émergé. Ce travail analyse d'abord la gestation des deux instances d'évaluation étudiées, pour se pencher ensuite sur leur fonctionnement dans les années 1980 et 1990, et il propose enfin des épilogues sur les transformations qu'elles ont connues à la fin des années 1990 et au début des années 2000. L’intérêt de la perspective historique est d’une part de mettre au jour la contingence des évolutions, l’enchevêtrement des projets réformateurs ainsi que des intentions des différents acteurs. D’autre part elle permet de percevoir les changements au fil du temps, et de montrer comment les projets peuvent se déployer ou s’inverser du fait des transformations sociales et économiques locales et internationales.

    Pierre Sauvêtre, Crises de gouvernementalité et généalogie de l’État aux XXe et XXIe siècles : recherche historico-philosophique sur les usages de la raison politique, soutenue en 2013 à Paris Institut détudes politiques sous la direction de Jean-Marie Donegani présidée par Pascale Laborier, membres du jury : Frédéric Gros (Rapp.), Laurent Jeanpierre (Rapp.), Lisa Jane Disch   

    La thèse, composée de deux grands ensembles, explicite d’abord la trajectoire de la notion de « gouvernementalité » dans les cours de Michel Foucault au Collège de France de 1976 et 1984 afin d’établir un nouveau cadre théorique d’analyse du conflit politique à partir de l’étude des rapports de réciprocité entre les pratiques étatiques et les contre-conduites. Dans un deuxième temps, elle met ce cadre théorique à l’épreuve d’ensembles empiriques afin de tracer une généalogie de l’État au XXème et XXIème siècles à partir d’une ethnologie du dire-vrai dans la pratique sociale. Sur des aires, des temps et des populations variables, elle identifie quatre régimes différents de véridiction/juridiction des pratiques gouvernementales logiquement articulés les uns aux autres par des rapports de réciprocité successifs :1 / le régime libéral social de la res socialis en France des années 1890 aux années 1960 ; 2/ le régime de la res nullius dans les comités d’action en France dans les années 68 ; 3/ le régime néolibéral de la res economica à l’échelle mondiale depuis les années 1970 ; 4/ le régime de la res communis dans la Coordinadora del agua et les comités de l’eau boliviens dans les années 2000. Chacun de ces régimes implique une expérience différente de l’État en termes de degré et d’espaces de gouvernementalité, d’effets des politiques étatiques sur le niveau des inégalités et la structuration des rapports entre classes sociales ou sur le degré de démocratisation de la vie publique. C’est donc à une évaluation historiquement différenciée de l’État qu’invite la méthode foucaldienne d’analyse des formes de véridiction sur lesquelles sont indexées les pratiques gouvernementales.

    Marion Gilles, Compter pour peser : la quantification de la santé au travail en entreprises : entre institutionnalisation et ambiguïtés conceptuelles, soutenue en 2013 à Paris EHESS sous la direction de Michel Gollac 

    Ce travail s'intéresse au processus de quantification de la « santé au travail » en entreprises et à ses effets. Pour ce faire, la thèse étudie trois dispositifs de quantification, mis en place par des médecins du travail. Elle lie l'analyse de la genèse des dispositifs, de leurs usages et effets avec l'étude des logiques des acteurs qui les ont fabriqués et portés. L'enquête, au plus près de la fabrication des chiffres et de leurs formes d'appropriation, combine entretiens, observations du travail de production des chiffres et des séances de restitution des données chiffrées, analyses de documents et d'archives « documents d'entreprises» et «littérature grise» des dispositifs). En portant l'attention sur les « luttes définitionnelles » autour des catégories proposées par les médecins et les « conflits d'usages » autour des chiffres, la thèse montre la manière dont la production chiffrée s'insère dans des rapports sociaux qui contribuent à redéfinir les finalités initialement attribuées aux dispositifs par leurs concepteurs. Pris dans des rapports de force qui leur sont défavorables, les médecins luttent pour imposer «leur» définition des catégories qu’ils ont fabriquées et diffusées et pour maîtriser les usages de « leurs» chiffres. En s'écartant des statistiques publiques habituellement étudiées dans les travaux de sociologie de la quantification, cette thèse éclaire le processus de fabrication, de diffusion et d'appropriation de chiffres dépourvus d'appuis institutionnels légitimes. Elle contribue également aux connaissances sur les enjeux et les luttes qui entourent la façon de définir et prendre en charge les problèmes de «santé au travail ».

    Jean Frances, Former des producteurs de savoir : les réformes du doctorat à l'ère de l'économie de la connaissance, soutenue en 2013 à Paris EHESS sous la direction de Francis Chateauraynaud 

    Centrée sur l'étude des mondes français de la science et de l'enseignement supérieur, cette thèse cherche à saisir comment les réformes institutionnelles/es reconfigurent l'apprentissage aux métiers de la recherche et en quoi elles sont influent sur « les rythmes et les orientations de développement scientifique ». L'analyse repose sur l'étude socio-historique des réorganisations du cursus doctoral. Il est question de montrer combien les doctorants sont de plus en plus tenus de correspondre à un nouveau modèle d'« excellence » dont « l’esprit d'entreprendre• constitue le principe générateur. Cet « esprit » renvoie à une attitude professionnelle qui inciterait les doctorants à considérer leur formation à la manière d'une somme d'expériences à rentabiliser ». Accéder à l’« excellence» demanderait-il aux apprentis-chercheurs de mener leurs travaux et leur cursus en calculant les profits qu'ils pourront en retirer sur les marchés de l’emploi scientifique? sur ceux de l'innovation et du conseil? Afin de répondre à cette question, il s'agit d'analyser les mutations des marchés de l'emploi scientifique à l'œuvre depuis les années 1990. En vue de saisir ces transformations en action, il convient de proposer une ethnographie de deux dispositifs censés incarner les réformes contemporaines de la formation doctorale: les Doctoriales et les 24Heures de l'entrepreneuriat. C'est donc à travers l'étude de ces moments extra-ordinaires de ('apprentissage à la recherche que seront analyses les effets tangibles qu’engagent les réformes sur les reconfigurations de l’« excellence » doctorale et partant sur les manières de considérer le« rôle » du doctorat comme de la science