Dès sa naissance en juin 1977, Djibouti a été confronté à deux problèmes majeurs : sa sécurité et les défis de son développement économique. Sur le plan sécuritaire, le jeune État faisait face aux revendications somaliennes et éthiopiennes. Les autorités somaliennes de l'époque, poursuivant le dessein de la Grande Somalie formée par les cinq territoires (la Somalie, le Somaliland britannique, la région somalie de l'Éthiopie, la région somalie du Kenya et Djibouti) habités par des Somalis éparpillés dans les pays de la corne de l'Afrique, revendiquaient Djibouti, peuplé en majorité par des Somalis, comme devant faire partie de cette entreprise. D'où leurs soutiens actifs aux mouvements indépendantistes djiboutiens. Par ailleurs, la volonté de constituer la Grande Somalie a motivé la guerre de l'Ogaden de 1977 entre la Somalie et l'Éthiopie. De son côté, l'Éthiopie dont une partie du commerce transitait par le port de Djibouti et ayant des relations cordiales avec la puissance coloniale qu'était la France n'avait en tête qu'à annexer ce territoire dès que cette dernière l'aurait quitté. Ainsi, ces revendications mettaient en péril la survie sécuritaire de Djibouti dès son indépendance. Sur le plan économique, Djibouti était vulnérable du fait de l'absence de ressources naturelles tangibles avec un climat aride et chaud, des terres arables très limitées, une population nomade peu éduquée et le manque de toutes perspectives d'un développement viable du pays. Cependant, 47 ans après son indépendance, Djibouti a survécu et enregistre une prospérité relative et une meilleure stabilité politique par rapport à ses voisins (Somalie, Éthiopie, Érythrée, Soudan, Yémen). Le pays joue un rôle régional et international de plus en plus accru avec l'accueil de plusieurs bases militaires étrangères (France, Etats-Unis, Japon, Chine, Italie, etc.). La recherche de la survie du pays dans le concert des nations constitue l'objectif cardinal de sa politique étrangère compte tenu des menaces sécuritaires à son encontre venant de l'extérieur depuis sa naissance et du fait de ses handicaps structurels surtout à caractère économique. Certains accordent plus d'importance à la sécurité tandis que d'autres insistent sur la priorité donnée au développement économique. Pour notre part, nous considérons que les questions sécuritaires et économiques sont intrinsèquement liées dans l'expérience diplomatique djiboutienne. Nous pensons que Djibouti garantit sa sécurité tout en uvrant à la sécurité de ses voisins. Autrement dit, partant de ses ressources limitées et de son besoin de sécurité, le pays a développé une conception sécuritaire altruiste qui va au-delà de sa propre sécurité en offrant un refuge aux personnes fuyant les conflits dans la région, en proposant une médiation et une réconciliation aux parties en conflit, en accueillant les opérations humanitaires et militaires étrangères tendant à prendre part à la pacification de ses voisins et en promouvant les cadres collectifs de dialogue et de concertation entre autres. De même, les gains sécuritaires obtenus ainsi lui procurent les opportunités nécessaires pour soutenir son développement économique et chercher à réduire ses dépendances. C'est cette économie politique de la sécurité, de l'insécurité et de la dépendance qui constituera l'objet de notre travail. C'est en interrogeant les finalités de ces efforts constants en faveur de la paix et de la sécurité de la région et les liens entre sécurité et développement économique que nous comprendrons comment Djibouti arrive à assurer sa propre survie. L'approche constructiviste (Wendt, 1999 ; Battistella, 2002) et la théorie du choix rationnel sembleraient nous ouvrir des perspectives d'analyse du comportement de Djibouti en matière de politique étrangère.