En France, les violences sexuelles dans le sport de haut niveau reflètent celles de la société mais sont accentuées par un écosystème gouverné par la domination masculine. Longtemps, les règles posées par le législateur et les instances sportives ont été punitives. Aujourd'hui elles visent toujours à punir mais également à pacifier et prévenir. Les dispositifs se sont multipliés: écoute des victimes, respect des procédures, sanctions et suivis des agresseurs. Cette situation présente a été longue à se dessiner. Face aux violences sexuelles, longtemps a prévalu la loi du silence. Les premières affaires dans le sport dans les années 1970 et 1980 sont ignorées et peu instruites. Le premier scandale autour de l'athlète C. Moyon de Baecque au début des années 1990 s'achève devant les tribunaux et malgré son relai médiatique est sans suite au sein du monde du sport. A cette époque, malgré la nouvelle législation sur le viol votée en 1980, les instances sportives peinent à admettre la portée des faits. Le sport se démarque peu des pratiques judiciaires de la période.Avec l'adoption du nouveau Code pénal et son application en 1994, puis l'adoption régulière de nouvelles législations toutes plus complètes et précises les unes que les autres, la parole des victimes commence à se libérer. Celle-ci sont désormais placées au cœur du dispositif juridique. Le développement de nouveaux scandales dans la société (Eglise, cinéma, médias), puis l'effet #metoo, accélèrent la pression sociale. Le sport de haut niveau n'échappe pas à ce phénomène. L'affaire Demongeot au début des années 2000 est un premier signal. En parallèle, les instances internationales du sport (CIO) poussent à clarifier les règles et les pratiques éthiques parmi leurs membres. Le ministère des Sports réagit lentement à partir du milieu des années 2000. Ce n'est qu'avec la succession des scandales de la Fédération des Sports de Glace que la prise de conscience a conduit à prendre en compte l'ampleur des problèmes.Le cas du sport de haut niveau se place dans une logique similaire que celles d'autres institutions (l'Église, la famille). Dénoncer revient à trahir. Malgré les affaires antérieures, ce n'est que face à l'ampleur d'une violence systémique, visible dans d'autres pans de la société, que les instances sportives les ont reconnues. Dès lors, l'informelle loi du silence qui régnait a été rompue. Une nouvelle logique qui s'appuie sur le droit général s'impose : écoute des victimes, perception nouvelle des violences, reconnaissance des faits, connaissance des règles, respect des procédures. Malgré ces évolutions, le sport entretient toujours un rapport complexe au droit. Coincé dans un enchevêtrement de règlements et soumis à la pression son écosystème, il développe ses propres pratiques, souvent éloignées du droit commun. Les sportifs, souvent mineurs, ignorent ces règles, ce qui favorise les comportements illégaux.Cette thèse d'histoire du droit cherche donc à comprendre l'évolution du traitement des violences sexuelles par le droit général depuis la fin des années 1960, en s'appuyant sur l'exemple du sport de haut niveau. Ainsi, si des réponses légales ont été progressivement proposées, le cas des violences sexuelles a été difficile à appréhender par les instances sportives. Longtemps la victime est écartée, rendue responsable de son sort. Elle est rendue responsable de la dégradation de l'image de son institution. Au-delà, les victimes sont silencieuses, dociles ou même soumises à un usage de la violence ordinaire qui n'est pas conscientisé, questionné, ou remis en question par les entourages. Son organisation structurelle, son droit très particulier questionnent plus encore le rapport du monde du sport et de ses acteurs à la loi générale. Aujourd'hui le droit général s'impose pour sortir le sport de l'image d'une zone de «non-droit» et sécuriser les sportifs de haut niveau. Ces défaillances concernent également l'État qui a peiné à s'emparer de ces objets.