Dès la Constitution de 1824, les débats juridiques autour des droits de l’homme ont pris de l’ampleur au Mexique. Au début, les différents constituants ont vu dans la figure juridique de l’« habeas corpus » anglais une possibilité pour la défense de la liberté des individus. Néanmoins, ils ont constaté l’insuffisance de ce modèle pour la réalité mexicaine du fait que plus de 80% de la population était analphabète. Ainsi, des juristes et des constituants ont réfléchi d’autres mécanismes juridiques pour protéger, c’est à dire pour amparar, les droits de l’homme promulgués jusqu’alors. Ce travail cherche à analyser, à la lumière des outils méthodologiques de l’histoire critiques du droit, la naissance de l’une des institutions les plus importantes du système judiciaire mexicain : le « Juicio de amparo ». Pour ce faire, nous étudierons les différents projets constitutionnels qui sont entrés en vigueur dès l’indépendance, ce qui révèle la manière dont les idées autour des droits de l’homme et leurs garanties ont pris de l’importance au fil du temps. Nous montrerons l’établissement de la procédure judicaire d’amparo dans la Constitution de la République de Yucatan en 1841 et ensuite sa mise en place à l’échelle nationale, à commencer par les débats qui ont eu lieu au sein de l’Assemblée constituante de 1856-1857. Cette recherche abordera, d’un côté, le contenu des trois lois d’amparo qui ont pris effet au Mexique tout au long du 19e siècle ; de l’autre côté, l’application des lois par la société mexicaine afin de se défendre des abus commis par les autorités et les fonctionnaires publics. Enfin, cette étude portera également sur le grand débat autour des droits de l’homme qui a eu lieu dès la déclaration de la Constitution de 1857, ainsi que l’application de la procédure judiciaire d’amparo pendant ses premières décennies d’existence. Nous montrerons que cette application fut à l’origine d’un article spécial consigné dans la Constitution politique de 1917.