Le théâtre, en raison de son caractère vivant et animé, fit l'objet d'une attention toute particulière de la part des pouvoirs publics. Initialement placé sous le patronage du pouvoir royal, il s'imposa rapidement comme un élément incontournable de la vie en société. Lieu de rencontres, de prestige et de lien social, il put se moderniser sous le regard bienveillant des autorités compétentes. Certes, les préventions de l'Église et les susceptibilités du monarque rendirent cette progression fluctuante et parfois difficile ; mais l'institutionnalisation massive amorcée à l'âge classique fit sortir les arts dramatiques de l'anarchie. Grâce à elle, de véritables talents émergèrent, et la cour de Louis XIV devint le centre névralgique de la vie culturelle en France. Dès cette époque, le lien entre théâtre et pouvoir s'imposa comme une évidence, et le roi prit bien soin de ne pas briser l'élan créateur qui faisait la gloire de son règne. Pour autant, en vieillissant, le souverain se fit plus dévot ; il se désintéressa du théâtre et les contrôles policiers s'intensifièrent. Il imposa une censure préalable aux nouveaux ouvrages dramatiques, et l'exclusivité des privilèges devint la norme. À l'évidence, on voulut éviter que le monde des spectacles, en devenant libre et indépendant, ne devint le réceptacle de la subversion et de la révolte. Ces réformes, en rigidifiant le secteur, se révélèrent décalées par rapport à la vitalité de la société. L'éclosion progressive de l'économie libérale, et plus encore de la philosophie des lumières, firent en ce domaine bien plus que n'importe quelle loi ou règlement. Cette augmentation constante des fréquentations changea profondément la physionomie du secteur dramaturgique. Ainsi, la révolution silencieuse qui s'opéra au cours du XVIIIe préfigura celle de 1789. Celle-ci rompit brutalement avec les postulats hérités de l'Ancien Régime : en effet, en quelques mois, les privilèges furent supprimés, la censure abolie et les droits d'auteur reconnus. Mais la hardiesse de ces mesures se heurta au contexte équivoque de la terreur et de la guerre. En l'espace de dix ans, les libertés acquises furent remises en cause, et Bonaparte n'eut aucun mal à justifier le retour des privilèges et de l'institution censoriale. Toutefois, il fallut encore faire preuve de souplesse. Le XIXe siècle ayant été particulièrement prolifique, il eut été dangereux de ne pas prendre en considération les mutations économiques, sociales et culturelles du moment. La liberté, encore contrainte, dut attendre la belle époque pour s'épanouir véritablement. En cela, elle y fut aidée par deux événements majeurs : l'adoption du décret de 1864 sur la libre exploitation des salles, et l'abandon de la censure, en 1906. Cette thèse aura donc pour objet de montrer comment les théâtres se muèrent en miroir de la société et des institutions politiques. L'étendue de la période traitée facilitera la démonstration.