Pour J.-J. Rousseau, la Corse est un lieu privilégié où mettre en pratique les principes théoriques du Contrat Social. Rédigé en 1765, son Projet de constitution pour la Corse part du principe expérimental que la réalité agraire de l’île – ce qu’il nomme l’« esprit général de la Nation » – doit produire la forme de gouvernement. A cet effet, le modèle antique de la liberté romaine, qui implique la participation de tous à la sphère politique, constitue la clé de voûte d’une longue argumentation technique que l’on peut résumer ainsi : en Corse, gouvernés et gouvernants ne faisant qu’un dans l’institution primitive du contrat, la loi se réalisera « quand tout le peuple […] statue sur tout le peuple ». Dans l’île, la conjonction naturelle du citoyen et du laboureur se communiquera donc à la loi, rendue par là même autant directe et saine que morale. C’est que, dans la pensée rousseauiste, se rencontrent en Corse deux aspects de la latinité : l’un relevant du travail de la terre, cet exercice privé fondateur des mœurs ; l’autre relevant de la participation à la chose publique, cet exercice public fondateur des lois. Secteur primaire et droit public romain sont, du fait de leur correspondance téléologique, les deux fondements complémentaires d’une pensée républicaine appliquée en terre méditerranéenne.