Claude Fleury est un juriste encore relativement méconnu de la seconde moitié du dix-septième siècle. Son œuvre reflète en partie les transformations que le règne de Louis XIV (avec lequel sa carrière coïncida presque parfaitement) fit subir à la société française dans les domaines juridique, politique et social. Admirateur du droit romain, Fleury en fit l’archétype d’un droit rationnel. Hostile à tout bouleversement de l’organisation politique et sociale du royaume, il entendait cependant revaloriser les activités agricoles – garantes à ses yeux de la prospérité économique et de l’ordre social – et fit du bonheur du peuple la principale finalité du gouvernement. Fasciné par les sociétés antiques, il puisa dans les paradigmes juifs, chrétiens, égyptiens, romains primitifs, toutes les valeurs qui lui semblaient en mesure de porter remède aux crises du Grand Siècle. Le rationalisme joua un rôle tout aussi éminent dans sa réflexion. Sa fidélité au modèle absolutiste (motivée par sa haine des désordres, ceux du Moyen Age comme ceux, plus récents, de la Fronde) ne dissuada pas l’abbé de présenter de nombreuses propositions de réformes des institutions monarchiques, qui augurent par certains aspects les projets de Fénelon. Attaché à l’unité religieuse du royaume, il défendit des positions parfois libérales sur la question, sans toutefois prôner une complète tolérance. Claude Ferry constitue à cet égard un précieux témoin de la transition qui s’opère à la fin du XVIIème siècle entre la pensée classique et la pensée des Lumières.