la liberté des parlementaires ne doit pas aller jusqu'à l'anarchie des débats.Autrement dit, la jeune Troisième République, encore fragile dans ses fondements, ne pouvait se permettre d'apparaître sous un jour défavorable aux yeux des Français. C'était aussi affirmer que, dans un pays façonné par l'héritage de Descartes, toute discussion ne peut être productive que si elle est bien conduite. Force est pourtant de constater que ces dernières années se sont multipliés à l'Assemblée Nationale les incidents de séance, les menaces et agressions physiques, autant de dérives qui alimentent les discours populistes. Ces comportements, souvent largement relayés par les médias, tendent désormais à occulter les travaux parlementaires eux-mêmes. L'inconduite serait au fil de l'histoire parlementaire devenue une sorte d'état pathologique. Si ces incidents sont de moins en moins isolés, il n'en demeure pas moins qu'ils sont aussi anciens que le Parlement lui-même. Toutefois, sous la Troisième République, le phénomène a pris une dimension préoccupante, au point de susciter une véritable réflexion, tant sur le plan politique que juridique. Le sujet de thèse que je me propose de traiter a pour titre La discipline parlementaire sous la Troisième République. Par discipline parlementaire, il faut entendre l'ordre qui doit régner à l'intérieur des enceintes parlementaires. Cet ordre repose, d'une part, sur un cadre fixé par le règlement intérieur de chaque assemblée, et, d'autre part, sur un ensemble de garanties spécifiques telles que l'immunité, l'inviolabilité ou encore l'irresponsabilité destinées à assurer l'exercice libre et indépendant du mandat parlementaire. Ma problématique serait la suivante : Comment, en fonction du contexte politique (République vacillante car jeune, crise du Seize mai 1877, scandales politico-financiers, antiparlementarisme des années 1930), a-t-on défini le point d'équilibre entre ces deux impératifs légitimes que sont la nécessaire indépendance du parlementaire, qui doit être préservée au nom des droits de la minorité (défendue par John Stuart Mill) contre la tyrannie de la majorité (dénoncée par Tocqueville), et la nécessaire discipline sans laquelle les débats ne peuvent être sereins, conduits suivant la règle de la raison, et en définitive efficaces ? Il faudra montrer que l'équation n'était pas tout à fait la même d'une Chambre à l'autre, et déterminer dans quelle mesure les crises traversées et la réponse qui y a été apportée, à savoir le parlementarisme dit rationalisé, ont affecté la discipline parlementaire. De même, sera considéré l'éventail théorique des sanctions (rappel à l'ordre, exclusion, privation d'indemnité, etc.) et celles effectivement prononcées, ainsi que les paramètres relatifs au déplacement du curseur entre ces deux pôles que sont le laxisme et la sévérité. La conception formelle de la loi, l'absence de hiérarchie des normes et de contrôle de constitutionnalité en bonne et due forme, et surtout le laconisme des lois constitutionnelles de 1875 ont conduit à certaines réflexions qui peut-être peuvent encore nous inspirer. L'accent sera mis également sur l'interprétation de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. L'un des aspects les plus délicats du travail que nous aurons à effectuer concerne les us et coutumes parlementaires ainsi que tout ce qui est du domaine de l'informel, par définition difficile à détecter et donc à répertorier.