Cette thèse propose d'enrichir et de renouveler la réflexion sur le genre en droit de l'Union européenne en interrogeant la manière dont la problématique du genre, lorsqu'elle est saisie dans un cadre juridique multilingue, dit et révèle de ce droit qui se construit, se traduit, et se pense dans et par les langues. La thèse soutient que le droit multilingue de l'Union européenne constitue un cadre d'analyse pertinent en ce qu'il constitue un laboratoire inédit de production normative et conceptuelle. Il s'agit aussi d'une clé d'entrée nouvelle pour appréhender le genre en droit de l'Union européenne. En se saisissant du « genre » à travers la diversité de ses langues, le droit de l'Union le mobilise, le façonne et le formule dans sa propre configuration normative. Mais le mouvement peut être inversé, le genre, envisagé comme outil critique au sein de l'Union, peut permettre de révéler ses impensés, ses structures et d'interroger ses catégories, en particulier dans son articulation avec le multilinguisme et le pluralisme étatique qui le caractérisent. Par conséquent, il ne s'agit pas ici d'extraire une définition figée du genre dans le droit de l'Union, mais de montrer comment ce concept opère comme révélateur d'un ordre juridique en tension. Plus précisément, ce travail s'attache à analyser la manière dont le genre, les politiques de genre et les catégories qui y sont associées sont formulées. Ce travail de formulation n'est pas anodin car il engage la normativité propre au langage juridique, entendue comme sa capacité à produire du droit, par la manière dont les normes sont formulées.