Ce mémoire interroge la transformation contemporaine de la régulation des communications électroniques à travers le prisme de la donnée, dans une perspective de droit comparé appliquée à des régulateurs francophones. Il s'inscrit dans une dynamique doctrinale qui dépasse les approches prescriptives classiques pour envisager la régulation comme une fonction-objet du droit administratif, fondée sur des instruments incitatifs, interconnectés et adaptatifs. La problématique centrale consiste à déterminer comment les autorités de régulation peuvent produire des effets normatifs sans recourir à la contrainte, en mobilisant des dispositifs techniques tels que les tableaux de bord, les observatoires, les scorecards ou les interfaces cartographiques. Ces instruments, bien qu'issus de logiques techniques, acquièrent une juridicité propre par leur matérialité et leur performativité. La méthodologie adoptée repose sur le droit comparé, selon l'approche fonctionnelle de Jean-Louis Halpérin, permettant de croiser les trajectoires de régulateurs nationaux (ARCEP France, ARCEP Togo, ARTCI Côte d'Ivoire) et supranationaux (BEREC, CEDEAO, UEMOA, Union africaine). Cette grille d'analyse révèle une recomposition territoriale du pouvoir régulateur, fondée sur la coopération interinstitutionnelle et la souveraineté algorithmique. Structuré en deux parties, le mémoire examine d'abord les fondements juridiques et institutionnels de la régulation, puis explore les formes émergentes de normativité fondées sur la donnée. L'étude met en lumière le modèle ivoirien comme tentative de structuration d'une juridicité régionale fondée sur la transparence des interfaces, l'adaptabilité des dispositifs et la coordination normative. Ce travail contribue à une relecture du cadre juridique régulateur à l'ère numérique, en soulignant les enjeux de légitimité, d'efficacité et d'inclusion dans un contexte de mutation normative. Il propose une modélisation analytique de la régulation par la donnée, en tant que forme juridique autonome, anticipative et non prescriptive.