Les entraves aux activités des organisations humanitaires dans des contextes d'intervention marqués par la présence de groupes armés désignés terroristes font l'objet d'une documentation croissante, démontrant leur grande diversité : arrestations et poursuites pénales à l’encontre du personnel humanitaire, activités interdites, contraintes administratives imposées par les bailleurs de fonds. Elles témoignent d’une opposition entre le régime de lutte contre le financement du terrorisme et celui de protection des activités humanitaires. Ces deux régimes poursuivent des objectifs pouvant être contradictoires, l’un ayant pour objectif d’assécher toute forme de soutien pouvant bénéficier à des organisations terroristes, tandis que l’autre vise à protéger l’acheminement d’une assistance humanitaire aux personnes en ayant besoin. Ils contiennent un ensemble de normes internationales et nationales applicables à des mêmes situations et sont chacun soutenus par des institutions qui accompagnent leur mise en œuvre par les Etats et les acteurs non étatiques. L’analyse de l’articulation entre ces deux régimes, qu’elle soit conflictuelle ou compatible, constitue le cœur de la présente étude. La première partie vise à identifier et qualifier les différents conflits ayant émergé. D’une part, la proscription induite par l’application de sanctions antiterroristes a conduit à l’interdiction ou à l’obstruction du déploiement d’activités d’aide humanitaire, pourtant protégées en droit international, auprès de certaines populations. D’autre part, la dimension répressive de la lutte contre le financement du terrorisme menace les personnels humanitaires, y compris ceux bénéficiant pourtant en principe d’une protection contre les poursuites pénales. Une seconde partie présente les voies juridiques permettant de concilier les deux régimes. Les différents outils de gestion des conflits développés ces dernières années par les Etats et les organisations internationales (exceptions humanitaires, clauses de compatibilité) sont analysés, avant que ne soit abordée l’opportunité d’intégrer de nouveaux mécanismes de conciliation permettant un équilibre entre impératif humanitaire et considérations sécuritaires.