Provenant du latin menda (la faute) et emendare (corriger une faute), le verbe amender désigne un processus de modification visant une amélioration. En matière agricole, l'amendement désigne une substance destinée à améliorer les propriétés physiques des sols auxquels elle est incorporée, afin d'en accroître la fertilité. Il s'agit alors d'un outil de correction. C'est également sous cet angle que l'amendement est généralement appréhendé en droit parlementaire. Toutefois, le droit d'amendement dépasse cette seule fonction technique, en ce qu'il permet aux parlementaires de supprimer, modifier ou compléter tout ou partie des dispositions d'un projet ou d'une proposition de loi en discussion. Ce droit s'apparente ainsi à un « corollaire » du droit général d'initiative. Par ailleurs, en offrant aux parlementaires la possibilité de se prononcer sur des points spécifiques du texte en discussion, le droit d'amendement constitue un vecteur essentiel de leur liberté d'expression politique. Il favorise la confrontation des positions, la mise en débat des choix normatifs et, ce faisant, contribue pleinement à la vitalité démocratique. S'il n'a pas connu de profonds bouleversements depuis son émergence au Royaume-Uni au XVIIe siècle, ce droit a fait l'objet de nombreuses transformations en France depuis 1789, au gré des changements de régimes. Certains régimes ont en effet conduit à une réduction drastique de ce droit, voire à son extinction complète. D'autres, au contraire, ont permis un usage illimité de ce droit, ce qui a engendré des effets indésirables et rendu nécessaire son encadrement, tâche à laquelle le droit britannique s'était déjà attelé. En effet, plusieurs aspects de l'usage du droit d'amendement qu'il s'agisse de son contenu ou du moment de son dépôt peuvent compromettre la qualité normative des textes adoptés, voire altérer la clarté et la sincérité du débat parlementaire. De plus, ce droit peut être exercé de manière excessive à des fins d'obstruction, ce qui rend d'autant plus nécessaire la définition de limites précises. La France a longtemps tardé, dans son histoire parlementaire, à poser de réelles limites au droit d'amendement. Elle s'y est finalement résolue sous la Ve République, en instaurant certaines restrictions déjà bien connues du droit britannique, à l'instar du mécanisme d'irrecevabilité financière ou du « vote bloqué », inspiré de la célèbre procédure britannique du « kangourou ». Toutefois, certaines de ces limites ont pu, en France, restreindre considérablement l'usage de ce droit. Certains mécanismes du parlementarisme rationalisé, qui ne sont pas directement liés à ce droit, ont également pu avoir un impact majeur sur son exercice, allant jusqu'à le réduire quasiment à néant, à l'instar du mécanisme consacré à l'article 49, alinéa 3, de la Constitution. Une certaine pratique de ces différents mécanismes constitutionnels, notamment de la part du Gouvernement, pourrait ainsi affecter excessivement le droit d'amendement des parlementaires, entraînant un déséquilibre au profit du Gouvernement dans l'élaboration des lois. La question de l'équilibre institutionnel occupe donc une place centrale dans ce projet. Il s'agit d'analyser cet équilibre à l'aune du droit d'amendement, au sein du processus législatif, afin de veiller à ce qu'aucun organe ne puisse avoir la mainmise exclusive sur la construction de la loi. Un exercice illimité du droit d'amendement par les parlementaires risquerait de conduire aux abus mentionnés, tandis qu'une limitation excessive porterait atteinte au droit d'initiative parlementaire, pourtant intrinsèque au régime parlementaire.