Terrestre à l'origine, la police administrative est l'avatar, la navette qui a été utilisée pour donner compétence aux autorités municipales et préfectorales en mer. Toutefois, depuis l'époque révolutionnaire, son fondement juridique fait l'objet de contestations récurrentes, conduisant une partie de la doctrine à considérer la notion comme dépourvue de véritable principe explicatif et limitatif. La police administrative en mer n'a pas échappé à ce mouvement de désincarnation, se trouvant progressivement privée de ses finalités classiques salubrité, tranquillité, moralité. Cette évolution est symptomatique de la fragmentation, de « l'atomisation », qui a touché l'ordre public dans la société contemporaine. La police administrative serait alors une notion purement fonctionnelle, simple instrument de gouvernance politique, dépourvue de consistance juridique autonome. Alors que la question de cette désincarnation est souvent éludée par l'affirmation croissante des polices spéciales, ce travail s'attachera à rompre avec l'approche convenue « police générale / polices spéciales », pour proposer une approche originale consistant en une remise en perspective autour de la dichotomie « police en mer / police sur terre ». La thèse visera ainsi à faire de la « mer » un révélateur des fondements de la police administrative suivant une méthode inductive. Il s'agira d'examiner les conditions dans lesquelles une relégitimation, voire un renouvellement même partiel des fondements de la police administrative pourrait être envisagé afin d'apporter une contribution à la théorie générale de la police administrative.