Les violences corporelles émaillent le quotidien des agents de sécurité en établissements de nuit. Leurs rôles de "videur" et de "portier" visent à prévenir, traquer et gérer les conflits ; ils se structurent autour de la perspective de la brutalité physique et du risque de survenues de blessures graves. Les violences en établissements de nuit constituent une problématique mondiale invariablement criminologique, quasi absente de la recherche française. Le terrain de cette recherche originale est l’observation et l’analyse du conflit, du face-à-face au corps à corps, hors du lynchage et des violences intimes. L’immersion, par ethnographie énactive, est adaptée à l’étude de situations légalement risquées et propices à la mythification. De manière complémentaire, la sociologie d’E. Goffman fournit un point de départ intéressant pour analyser le maintien, la rupture, et le rétablissement des cadres, oscillant entre la situation et les éléments situés. L’étude démontre que le conflit face-à-face suit un processus échelonné, du heurt à la rixe, en passant par la bagarre, répondant du rituel d’interaction. Cet élément de désordre, dans la confusion parfois apparente, profondément enraciné dans la culture de la violence, qu’il structure en retour, reste ordonné en lui-même. Il est un élément organisateur de l’ordre social. L’appréhender restitue la notion de brutalité physique et questionne le seuil de définition de la violence. Cela nécessite d’interroger le sentiment d’agression et le passage à l’action, dans une dynamique situationniste et processuelle, où les déplacements, gestes et mouvements en eux-mêmes, sont des éléments clefs