L'Espace Européen de l'Enseignement Supérieur (EEES) a été initié en 1998-1999 par le processus Sorbonne-Bologne et officialisé au conseil ministériel de Vienne en 2010. Projet particulièrement ambitieux, son objectif vise à instaurer une harmonisation des diplômes européens de l'enseignement supérieur, afin de rendre comparables et compatibles les systèmes nationaux de diplomation. Grâce à un processus intergouvernemental, il s'est construit sur une base volontariste d'Etats désireux d'intégrer un espace européen commun de l'enseignement supérieur. Ce processus qui s'est tenu dans un premier temps à l'écart la Commission européenne rassemble désormais 49 Etats signataires, dont près de la moitié sont des Etats extra-communautaires. Si les réussites de l'Espace Européen de l'Enseignement Supérieur sont désormais dignes d'être célébrées (transformation de l'architecture des diplômes nationaux et harmonisation menée à bien autour de la séquence Licence-Master-Doctorat, accentuation de la mobilité étudiante, reconnaissance facilitée des acquis d'apprentissage des périodes d'études effectuées à l'étranger, travail en commun des agences nationales dédiées à l'évaluation de l'enseignement supérieur et de la recherche et à l'assurance qualité), la reconnaissance mutuelle des diplômes est encore un chantier en cours. Garantie d'une libre circulation des travailleurs, d'une libre installation dans un pays d'accueil et d'une continuité dans les parcours de vie, cette reconnaissance n'est aujourd'hui qu'indirecte dans l'Espace Européen de l'Enseignement Supérieur : elle est basée sur le principe de la comparabilité d'un diplôme étranger avec un diplôme national. Les centres ENIC-NARIC sont souvent les autorités compétentes dans les pays membres de l'EEES pour pouvoir analyser les compétences et le niveau d'études certifiés par un diplôme étranger. Une fois la valeur de la certification reconnue, cette dernière est comparée à une valeur similaire dans le système de diplomation du pays d'accueil. Pour autant, l'objectif d'une reconnaissance automatique des diplômes étrangers est encore hors d'atteinte : les ressortissants des pays membres de l'EEES doivent recourir au système de reconnaissance indirecte qu'est l'attestation de comparabilité, au même titre que les ressortissants d'autres pays non-membres. A ce jour donc, il n'existe pas de mécanisme de reconnaissance automatique des diplômes universitaires au niveau européen tant au niveau de l'Union Européenne qu'au niveau de l'EEES. Selon quels principes juridiques et selon quelle méthodologie serait-il possible d'établir un mécanisme de reconnaissance automatique des qualifications académiques ? A cette fin, il convient d'explorer de manière systématique l'ensemble des modalités de reconnaissance internationale des diplômes mis en uvre par la convention de Lisbonne et le processus de Bologne, mais également par le droit européen. Notre hypothèse de travail est qu'un certain nombre de mécanismes de reconnaissance sont désormais à l'uvre, mais fonctionnent parallèlement les uns aux autres. L'unification d'un système de reconnaissance et l'émergence d'un régime juridique de la reconnaissance est la prochaine étape cruciale en vue d'un Espace Européen de l'Enseignement Supérieur facilitant véritablement les parcours de mobilité. Sur quels fondements pourrait s'appuyer une reconnaissance juridique des diplômes étrangers inscrite dans le droit national des Etats membres de l'EEES ? Sans avoir recours à des objectifs contraignants, le « droit souple », tel qu'il apparaît dans cette méthode originale de concertation intergouvernementale qu'est le processus de Bologne, peut-il aboutir à des formes opposables de reconnaissance des qualifications d'établissements d'enseignements supérieur étrangers ? Comment faire advenir un régime de prise en charge collective de la reconnaissance des diplômes sans prendre la voie de l'équivalence ?