Contestation de l’uti possidetis juris et auto détermination des peuples. Entre doctrine et pratique africaine : cas du Maghreb et de la Corne de l’Afrique.
- PRESENTATION DU SUJET
Si l’Etat constitue le principal sujet du droit international, c’est surtout, parce qu’il est le seul parmi les autres sujets du droit international à détenir un territoire. Le territoire est le titre de compétence par excellence qui lui permet cette suprématie sur les autres sujets de droit international. 1
Un des principaux éléments constitutifs de l’Etat, « c’est-à-dire un élément de son être et non point de son avoir, un élément de sa personnalité même et en ce sens il apparaît comme partie composante et intégrante de la personne Etat, qui sans lui ne pourrait même se concevoir »,2 le territoire est indissociable de la notion d’Etat.
Le territoire est également lié, avec le droit en général – et pas seulement avec le droit international en particulier du fait qu’il constitue avec la personne, l’objet ou le temps, l’un des concepts juridiques fondamentaux qui définissent le champ d’application d’une norme ou d’une compétence.3 ;
En droit international, le territoire est un des éléments les plus importants qui fonde la compétence étatique souveraine. La compétence étatique et la souveraineté territoriale qui la crée sont des éléments de base du lien entre territoire et droit international depuis son apparition au XVIème, à la paix de Westphalie à l’origine de la société inter étatique moderne.4 Ce traité créateur de la première codification du droit international, mais aussi de la notion de l’Etat moderne, était à l’origine exclusivement destiné aux pays européens et à pacifier leurs relations. Il permettra, entre autres à l’émergence de l’espace-territoire comme lieu d’exercice du pouvoir souverain, et respecté par les autres Etats européens, qui, verront les autres territoires du globe comme des terres soit occupées par
1 Thibault FLEURY-GRAFF, Territoire et droit international IRENEE / Université de Lorraine | « Civitas Europa » 2015/2 N° 35
2 R. Carré de Malberg, Contribution à la théorie générale de l’Etat, t. I, p. 4
3 H. KELSEN, Théorie pure du droit, Paris, Dalloz, 1962, p. 381 et Ch. ROUSSEAU, « Principes du droit international public
», RCADI, vol. 93 (1958-1), p. 403
4 VOEFFRAY, François. Chapitre I. Un droit international en transformation In : L’actio popularis ou la défense de l’intérêt collectif devant les juridictions internationales [en ligne]. Genève : Graduate Institute Publications, 2004 (généré le 31 mai 2023). Disponible sur Internet : . ISBN : 9782940549153. DOI : https://doi.org/10.4000/books.iheid.1212.
des Etats européens, soit un terrain libre pour la colonisation.5 Il sera de ce fait, dès le XIXème siècle pour les Etats européens, qui l’ont déjà utilisé lors de la conquête du continent américain ; un instrument pour coloniser le reste du monde.
Il sera, aussi à la fin de la Seconde Guerre mondiale, un instrument de la décolonisation des continents africain et asiatique par les Etats européens puisque, les processus de décolonisation ont montré le lien entre la création d’entités, Etats indépendants et leur délimitation territoriale à travers une ligne, qui les sépare, et sépare leur lieu d’exercice de la nouvelle souveraineté acquise par le nouvel Etat.
En Afrique, principal continent concerné par les décolonisations d’après-seconde guerre mondiale, cette question du territoire et surtout le problème de sa délimitation sont exacerbés par les colonisations et des tracés de frontières arbitraires subis6, et revenus sur la scène politique et diplomatique africaine au moment des décolonisations.
La république de Djibouti, se trouve dans une région où la question du territoire et son interprétation par le droit international ont donné lieu non seulement à de houleux débats juridiques mais aussi à des tensions. Dans la région de la Corne de l’Afrique comme ailleurs en Afrique, il a fallu adapter les nouvelles règles et principes du droit international au contexte africain. 7
En effet, durant les décolonisations, la péri