Les personnes détenues, bien qu'enfermées et largement contraintes, demeurent titulaires de droits et libertés. L'étendue de ces derniers varie selon les pays et les systèmes. Notamment, la question de leurs droits civiques et politiques fait l'objet d'importantes divergences à travers le monde. Nombreux sont aujourd'hui les États ayant fait le choix d'inclure les personnes détenues provisoirement et/ou du fait d'une condamnation dans le corps électoral et de ne pas les priver du droit de voter. Une fois ce positionnement établi, doit impérativement être traitée la question des modalités concrètes d'exercice de ce droit, afin qu'il ne demeure pas un énoncé théorique dépourvu de concrétisation pratique. Au-delà des modalités prévues, c'est également l'accès effectif à celles-ci qui doit être garanti. Une action de l'État est indispensable pour garantir l'accès des citoyens au vote. Cette nécessité s'affirme avec encore davantage d'acuité en prison, institution dans laquelle la pratique peut se trouver en décalage avec certains préceptes juridiques et où les personnes détenues sont particulièrement dépendantes de l'administration qui les encadre. La thèse approfondit ces développements et compare les situations existant actuellement au Costa Rica, aux États-Unis et en France. Elle s'attarde sur la fonction de réinsertion de la peine privative de liberté ainsi que sur la place du droit de vote au sein de celle-ci. Elle s'interroge par ailleurs sur le rôle de l'État dans la garantie de l'application de ce droit ainsi que sur le choix des procédures de vote retenues. Les travaux s'articulent ainsi autour d'une question principale : comment le droit de vote et sa garantie peuvent-ils contribuer à la réinsertion des personnes détenues ? Au Costa Rica, des bureaux de vote existent au sein de chaque établissement pénitentiaire. Premier dispositif mis en place afin de permettre aux personnes détenues de voter, il y existe depuis 1998 et semble être largement intégré aussi bien par les institutions que par la population. Aux États-Unis, si la plupart des États prive du droit de voter les personnes détenues condamnées, le Maine, le Vermont et, depuis 2020, Washington D.C. ont fait le choix de ne pas les exclure du corps électoral. Les systèmes du Vermont et de la capitale fédérale sont ainsi pris en exemples au cours de l'étude, de même que celui de la maison d'arrêt du Comté de Cook, dans l'Illinois, dans laquelle un bureau de vote est installé pour chaque élection, tandis que seuls les personnes détenues provisoirement y sont autorisées à voter. En France, les personnes détenues n'étant pas privées de leur droit de vote peuvent l'exercer par procuration depuis une loi de 1975 leur reconnaissant le statut de citoyen à part entière. Depuis un décret de 2007, elles peuvent également voter grâce à une permission de sortir afin de se rendre à leur bureau de vote. Avant la réforme du code pénal de 1994, une large partie des personnes condamnées était toutefois automatiquement privée de ses droits dits civiques, civils et de famille, parmi lesquels celui de voter. Depuis lors, ce droit ne peut être suspendu que du fait d'une peine complémentaire que le juge décide ou non de prononcer. La procuration et la permission de sortir apparaissaient toutefois insuffisantes pour le bon accès au vote. En témoigne notamment l'élection présidentielle de 2017, ayant réuni seulement 2 % des suffrages de la population détenue. Afin de remédier à ce problème, le vote par correspondance a été organisé en détention, à partir de son expérimentation aux élections européennes de 2019. Depuis lors, les taux de participation aux élections n'ont cessé d'augmenter pour atteindre environ 22 % aux différents scrutins de 2022 et 2024. Cependant, ce dispositif a été supprimé pour les scrutins municipaux, départementaux, régionaux et législatifs par une loi de 2025, revenant, pour ceux-ci, au statu quo ante, celui d'un accès extrêmement limité au vote en détention.