Ce projet de thèse s'inscrit dans une dynamique contemporaine de juridicisation croissante de la protection de l'environnement, avec une attention particulière portée au contentieux de l'inaction climatique. La multiplication des recours juridictionnels, tant au niveau national qu'international, atteste d'un recours accru au juge comme acteur de la lutte contre le changement climatique. Entre 2017 et 2022, le contentieux environnemental a plus que doublé, révélant un besoin croissant d'un encadrement juridique de l'action, mais aussi de l'inaction des pouvoirs publics. Le contentieux climatique, en tant que branche émergente du droit de l'environnement, prend forme notamment à travers des affaires emblématiques, telle que l'affaire Urgenda aux Pays-Bas, qui a inspiré des juridictions étrangères, dont les juridictions françaises. La récente décision de la Cour européenne des droits de l'homme dans l'affaire KlimaSeniorinnen contre la Suisse (2024) illustre une consolidation jurisprudentielle du rôle des juges dans le contrôle des engagements climatiques étatiques. En France, cette dynamique se traduit par une mobilisation croissante des fondements constitutionnels, notamment de la Charte de l'environnement, intégrée au bloc de constitutionnalité en 2005. Cette thèse a pour but d'interroger la capacité du juge administratif français à s'adapter à ce nouveau champ contentieux. Si le juge judiciaire s'est doté de nouveaux instruments, le juge administratif demeure plus contraint, tant du point de vue de son office que des outils à sa disposition. Certaines procédures, comme le « référé étude d'impact » ou l'action de groupe environnementale introduite en 2016, demeurent peu utilisées ou inefficaces, notamment en raison de leur lourdeur procédurale ou de leur coût, comme l'a souligné un rapport parlementaire en 2020. Toutefois, certaines décisions contentieuses récentes montrent une volonté manifeste du juge administratif d'élargir son champ d'intervention. L'« Affaire du siècle » illustre cette évolution : le juge y reconnaît pour la première fois la responsabilité de l'État en matière d'inaction climatique. Par ailleurs, le Conseil d'État a admis, dans l'arrêt Commune de Grande-Synthe, l'intérêt à agir d'une collectivité locale confrontée aux effets du changement climatique, signalant une adaptation pragmatique des règles de recevabilité face à l'urgence environnementale. Le contentieux climatique se caractérise par une série de tensions juridiques, comme le décalage entre la temporalité de l'urgence climatique et les délais propres aux procédures juridictionnelles, la difficulté à articuler les normes internationales de plus en plus foisonnantes avec le droit administratif interne ou encore des enjeux intergénérationnels, internationaux et interdisciplinaires qui redéfinissent l'office traditionnel du juge. Dans cette optique, la recherche vise à examiner dans quelle mesure le juge administratif français peut se saisir des instruments à sa disposition, voire en inventer de nouveaux, pour répondre aux exigences croissantes en matière de justice climatique. En parallèle, la réflexion sur le recours pour omission législative, ou sur le recours en carence, pourrait enrichir le contentieux administratif français. Enfin, le caractère hautement stratégique de ce type de contentieux en fait également un sujet d'étude de choix. En effet, de nombreuses questions relatives à la stratégie contentieuse en matière environnementale ne sont pas encore tranchées. Les jurisprudences à venir, couplées à la mobilisation du droit comme plaidoyer d'action des requérants, devraient participer à l'évolution du contentieux de l'inaction climatique. L'objectif de ces travaux est donc d'étudier l'impact croissant des enjeux climatiques et du développement des recours environnementaux sur l'office du juge administratif, tout en mettant en évidence que les cadres procéduraux du contentieux spécial de l'environnement n'ont pas achevé leur mutation.