Ce projet de thèse, portant sur « le gouvernement de l'Union européenne », trouve sa source dans un étonnant paradoxe : à savoir que, alors même que la notion de gouvernement a été très largement mobilisée pour étudier les rapports de pouvoir entre institutions (ou pour étudier plus généralement les régimes politiques), aucune étude d'ampleur ou d'approche systématique n'a été entreprise dans les études européennes sur cette notion. Ce paradoxe est même d'autant plus étonnant que, si on admet que le terme de gouvernement renvoie toujours, par-delà sa polysémie, à une idée d'autorité et de direction, l'UE dispose incontestablement d'une puissance de commandement et est organisée autour d'un double équilibre, horizontal et vertical, des pouvoirs. L'un des enjeux essentiels de ce projet de thèse sera de tenter de lever ce paradoxe. Cela supposera de mettre en évidence la valeur opératoire de la notion de gouvernement, qui est susceptible de permettre un progrès de la connaissance par rapport à d'autres travaux doctrinaux qui se sont penchés sur les mécanismes décisionnels de l'UE, le système politique de l'UE ou encore la gouvernance européenne. Une telle valeur opératoire se comprend au regard du mouvement de centralisation du pouvoir (ou de fédéralisation) qui s'est produit dans l'Union à la faveur des récentes crises qu'elle a traversées (crise financière de 2008, crise sanitaire du coronavirus, contexte actuel lié à la guerre en Ukraine) : à chaque fois on a assisté à une élévation des prises de décision au niveau de l'UE. C'est dire que le projet de thèse, au-delà de son ambition doctrinale, est tout à fait en phase avec les évolutions que l'UE a connues depuis ces vingt dernières années. Ce projet nécessitera de faire preuve de la plus grande rigueur dans la définition même de la notion de gouvernement, laquelle se révèle particulièrement mouvante. Elle connaît en effet de multiples déclinaisons : «gouvernement» au sens organique classique, «fonction gouvernementale» (M. Hauriou et G. Burdeau), ainsi que «système de gouvernement» (à la fois au sens du «gouvernement de la cité» (la «politeia» grecque), mais aussi de «régime politique» au sens plus moderne), voire également «gouvernement des juges». Dans le contexte du droit de l'UE, il sera également nécessaire de prêter attention à la «bonne gouvernance» ainsi qu'à la «gouvernance économique», de même encore qu'à la «fonction exécutive» (qui englobe également l'exécution du droit de l'Union par les Etats membres). Sur la base de ce travail de définition, plusieurs niveaux d'analyse devront être distingués. La dichotomie principale séparera la question du gouvernement entendu dans le cadre de l'équilibre horizontal des pouvoirs entre les institutions de l'Union d'une part, et la question du gouvernement entendu dans le cadre de l'équilibre vertical des pouvoirs entre les Etats membres et l'Union européenne d'autre part. Les analyses menées aborderont également d'autres notions ou concepts en lien avec la notion de gouvernement, et en particulier le fonctionnalisme, la théorie de la séparation des pouvoirs, la légitimité démocratique, la notion d'identité constitutionnelle et la théorie de la Fédération (O. Beaud). Mener à bien ce travail requiert une maîtrise du droit de l'Union européenne dans toutes ses dimensions, institutionnelle, matérielle, normative et contentieuse, ainsi que la connaissance des interactions qu'il entretient avec le droit national. Mais la recherche devra également mobiliser le savoir issu d'autres champs disciplinaires, notamment la théorie générale de l'Etat et le droit constitutionnel, la philosophie politique et l'histoire des idées. Au total, le projet de thèse entend combler un vide doctrinal important. Il est novateur par son approche et présente un fort potentiel heuristique. Il s'agira d'une recherche théorique et conceptuelle, mais qui vise à permettre de rendre compte des mutations les plus récentes du processus d'intégration européenne.