L’adoption du Socle européen des droits sociaux, de même que le développement d’une politique sociale en apparence moins libérale à l’occasion de la pandémie de Covid-19, opèrent a priori un véritable revirement par rapport au caractère austéritaire des programmes économiques d’ajustement qui ont transformé certains droits sociaux nationaux. Ces évolutions rapides rendent difficilement lisible la mise en œuvre de la politique sociale de l’Union européenne, qui reposait jusqu’au début des années 2000 sur l’adoption de directives volontaristes en matière de droit du travail. La politique sociale a diversifié ses objectifs en ne se limitant plus exclusivement aux dispositions de l’article 151 du TFUE, tandis que les mécanismes se sont multipliés pour intégrer, entre autres, le phénomène de fondamentalisation des droits économiques et sociaux et la méthode ouverte de coordination. L’Union économique et monétaire n’est pas étrangère à ce changement : depuis 1997, différentes stratégies se sont intéressées, d’abord, à la politique de l’emploi, avant de s’étendre à des éléments de politique sociale comme c’est le cas du Semestre européen, qui s’est largement socialisé. L’Union économique et monétaire n’a pas entièrement absorbé le droit social, comme en témoignent le maintien d’une compétence dans le Traité et par l’usage continu d’instruments de régulation qui lui sont étroitement liés comme la directive. Elle a néanmoins profondément transformé la méthode sociale européenne en l’adaptant à chaque Etat membre, et en la rendant plus ciblée et plus cohérente avec des impératifs économiques, quitte à nier l’autonomie et le particularisme du droit social européen.