Le système juridique des impositions locales, pourtant tendu vers la double problématique de la répartition des charges et du financement des compétences, semble vivre dans un perpétuel déséquilibre. À chaque saison sa réforme, à chaque réforme son désaveu : ainsi, ce système est régulièrement stigmatisé, par le ballet incessant des lois correctrices et des dispositifs transitoires, en état de crise. Et pour cause, depuis la belle époque de l’autonomie réelle, d’impôts locaux en compensations financières, de dégrèvements législatifs en exonérations fiscales, d’expédients provisoires en remèdes thérapeutiques, le pouvoir fiscal local, fatalement, s’est anémié. Cette « crise », plus nettement pressentie qu’analysée, nous apparait double. D’un côté, il y a la crise endémique de structure, en raison de l’archaïsme historique du dispositif ; de l’autre, la crise provisoire de conjoncture, due à la vulnérabilité croissante des prélèvements transférés aux collectivités locales. A la béance de la doctrine législative répond la défaillance de la technique fiscale. L’une et l’autre pointent l’intérêt d’une conception organique de l’impôt moderne, fondée sur l’idée que le contribuable, si divers soient les mécanismes qui l’atteignent, demeure un et indivisible, dans sa contribution à la charge publique. Il importe de saisir, par-delà les vertus ou les défauts du système normatif en cause, l’évolution bien plus générale qui soutient les phénomènes à l’œuvre. La thèse ainsi soutenue tend à déconstruire, par ce renversement dialectique, la mythologie fiscale de la crise permanente et de la réforme totale, ces figures jumelles qui paralysent toute conception doctrinale adossée au réel. Elle s’emploie à contribuer, à l’inverse, au renouveau d’une théorie de l’impôt local, éclairée par la triple exigence, toute contemporaine, de légitimité de la fiscalité, de soutenabilité des finances et de prévisibilité et d’adaptabilité des recettes.