Cette thèse s'inscrit dans une problématique centrale pour les pays à revenu faible et en situation de fragilité : la mobilisation des ressources internes comme levier de développement économique durable. Elle explore, dans le cas de la République Centrafricaine (RCA), dans quelle mesure une amélioration significative des recettes domestiques peut réduire la dépendance extérieure et financer les priorités nationales de développement. En RCA, les recettes fiscales représentent en moyenne 8 % du PIB entre 2013 et 2023, soit bien en dessous de la norme régionale de la CEMAC (15 %) et loin du seuil de 20 % du PIB recommandé par l'Union africaine pour atteindre les Objectifs de Développement Durable (ODD). L'économie informelle, qui représente plus de 80 % de l'activité économique selon le FMI (2023), échappe en grande partie à l'impôt. Par ailleurs, les exonérations fiscales injustifiées représentent près de 4 % du PIB chaque année, affaiblissant l'assiette fiscale et favorisant les inégalités. La recherche adopte une approche méthodologique mixte, articulant : Une analyse économétrique fondée sur des séries temporelles (20002025) pour mesurer la corrélation entre recettes domestiques, croissance économique (PIB/hab.), et réduction de la pauvreté (taux de pauvreté de 67 % en 2022) ; Une étude qualitative à partir d'entretiens semi-directifs avec plus de 40 acteurs clés (administration fiscale, partenaires techniques, secteur privé) ; Une analyse comparative avec des pays africains ayant amélioré leurs performances fiscales dans un contexte post-crise (Rwanda, Sénégal, Burkina Faso, Cameroun, Malawi). Les premiers résultats révèlent qu'un élargissement de l'assiette fiscale de 20 % (par l'intégration progressive du secteur informel et la révision des exonérations) permettrait de générer 2 à 3 points de PIB supplémentaires en recettes fiscales, tout en maintenant la pression fiscale autour de 1012 %, seuil considéré comme soutenable en contexte fragile. La thèse démontre que la modernisation de l'administration fiscale (digitalisation, renforcement des capacités, contrôle fiscal ciblé), combinée à une meilleure gouvernance (réduction des pertes, transparence budgétaire), pourrait accroître les recettes de 40 à 50 % sur un horizon de 5 ans. Cette amélioration contribuerait significativement au financement de secteurs clés tels que l'éducation, la santé ou les infrastructures, et renforcerait la résilience budgétaire face aux chocs exogènes. Enfin, la recherche propose une stratégie nationale de mobilisation durable des recettes articulée autour de cinq piliers : élargissement de l'assiette, réforme fiscale, renforcement institutionnel, appropriation nationale et coordination interinstitutionnelle. Elle ambitionne ainsi de combler le fossé entre recommandations théoriques et pratiques de réforme applicables dans un pays en reconstruction comme la RCA