L'humain traverse aujourd'hui différents types de crises qu'elles soient climatiques, environnementales, énergétiques, économiques, politiques, sociales
Ce constat met en évidence la nécessité pour nos sociétés d'engager une transition écologique et sociale dans des délais contraints. Or, il s'avère que le système comptable de par la vision qu'il véhicule ne permet pas de progresser dans le sens d'une transition écologique et socialement juste. Les choix politiques de ces dernières décennies ont en effet induit une financiarisation forte du système comptable qui fournit une vision du monde ayant pour objectif principal la préservation du capital financier. Face à ce constat, la recherche critique et interprétative en comptabilité, en développement ces dernières années, vient bousculer la pensée dominante et remet en question ce qui est tenu pour acquis. De plus, des modèles comptables alternatifs, qui ont pour ambition de considérer le capital humain et environnemental au même titre que le capital financier, proposent une approche en soutenabilité forte où le principe de compensation entre les 3 types de capitaux est prohibé. Dans cette perspective, l'objectif de la thèse est d'étudier la manière dont les modèles comptables alternatifs et le reporting CSRD peuvent favoriser le dialogue social et écologique au sein des organisations, nécessaire à une transition socio-écologique. Tout d'abord, cette recherche questionnera le lien d'interdépendance entre l'aspect environnemental et social de la transition écologique. Ensuite, il sera étudié le rôle des normes comptables dans une perspective démocratique avec l'implication des parties prenantes des organisations. A ce jour, le système comptable est enfermé dans une vision technicienne ayant pour mission la préservation du capital financier. Or, un autre type de comptabilité, appelé dialogique, est possible. Celui-ci positionne l'humain au centre des organisations et comme moteur du changement social et écologique. Il cherche à préserver le capital humain et environnemental au même titre que le capital financier, incitant l'organisation à réinventer son système productif et en offrant une place prépondérante au collectif. La directive de reporting CSRD, appliquée depuis le 1er janvier 2024, défend cette approche en obligeant les entreprises à rendre compte aussi bien de l'impact des enjeux sociaux et environnementaux sur la performance économique des entreprises que des répercussions sociales et environnementales de l'activité de ces dernières sur l'ensemble du vivant. Aussi, partant du postulat qu'il ne peut exister de transition écologique sans considération des enjeux sociaux, le sujet de thèse s'intéressera particulièrement à la dimension humaine de ce sujet en apportant un regard critique. En effet, il ne fait pas sens de s'intéresser aux problématiques environnementales sans prendre en considération la dimension sociale et le bien-être des individus. Le champ du capital humain a été peu exploré dans la littérature scientifique, son caractère subjectif et multidimensionnel rendant sa caractérisation complexe. Cette recherche, inscrite dans une méthodologie d'études multi-cas, permettra l'expérimentation de processus dans des contextes différents. Les données seront interprétées à la lumière de différents cadres théoriques et conceptuels appartenant à d'autres disciplines proches des sciences de gestions (sociologie, psychologie, économie, science politique) afin de mener une réflexion plus systémique. La thèse ainsi viendra nourrir les recherches empiriques portant sur la mise en place d'une comptabilité dialogique dans les organisations et de l'apport de ce type de comptabilité dans la perspective d'une transition écologique.