En principe, le constitutionnalisme est appréhendé par le prisme de l'étude de l'Etat. Il est habituellement défini par l'idée que « tout pouvoir repose sur la certitude qu'il sera exercé selon les principes communément admis et que les personnes auxquelles le pouvoir sera conféré seront choisies parce qu'on pensera qu'elles sont vraisemblablement les plus aptes à faire ce qu'il faut ». Le dépositaire du pouvoir a toujours été vu comme l'Etat, qu'il soit unitaire, fédéral ou fédéré. Or, les Régions italiennes et les Communautés autonomes espagnoles se sont vues accorder de plus en plus de compétences et de prérogatives, entraînant leur éloignement du centre névralgique du pouvoir. Ainsi, du fait du réel pouvoir qu'elles détiennent, incarné par des institutions qui leur sont propres, une étude du constitutionnalisme infra-étatique émerge. A ce titre, le constitutionnalisme se voit revêtir une multiplicité d'adjectifs contemporains. Le large prisme de cette notion permet de l'appréhender de manière plus ciblée en fonction de différents contextes ou, en outre, de ses différentes manifestations. Il existe ainsi une surprenante variété de constitutionnalismes matérialisée par une pluralité d'adjectifs s'accolant au terme pour en spécifier le sens, relatant la matérialisation de constitutionnalisme moderne dans différentes sphères. La doctrine parle aujourd'hui d'adjectival constitutionalism, étant « létude du constitutionnalisme différenciée par des variables. Lidée quil y ait des variétés de constitutionnalisme est indéniable ». Les Communautés autonomes disposent de deux institutions, une obligation posée par la Constitution espagnole de 1978 : le Consejo de Gobierno (gouvernement autonomique) et la Asemblea legislativa (assemblée législative autonomique). Le texte constitutionnel, aux termes de l'article 152, esquisse les grandes lignes de ce schéma institutionnel autonomique, notamment par la règle du simul stambut simul cadent. Incombe par la suite aux principaux architectes de façonner le reste de l'organisation institutionnelle régionale. En effet, le constituant originaire a laissé aux Communautés Autonomes l'opportunité d'organiser le pouvoir et sa répartition via le texte fondamental régional : le Statut d'autonomie. Ainsi, elles se retrouvent confrontées à la question de l'autolimitation du pouvoir, par le biais dudit Statut et en harmonie avec la Constitution. Elles restent tout de même assujetties au juge constitutionnel, ayant transformé son office de simple garant de la Constitution nationale à co-concepteur des institutions autonomiques. Ces compétences autonomiques n'étaient pas présentes ab initio. Cet accroissement engendre une autonomie bien plus grande qu'aux origines. Cette affirmation est d'autant plus renforcée pour celles disposant d'un statut spécial aux compétences décuplées. Ainsi, ces considérations permettent de poser le constat suivant : le constitutionnalisme ne peut s'analyser uniquement par le prisme de l'Etat. Il devient nécessaire d'inclure les Régions devenues quasiment indépendantes dans l'organisation du pouvoir. Déterminer comment le constitutionnalisme moderne se matérialise au sein des entités subnationales espagnoles demeure un exercice complexe : les Comunidades Autónomas ne disposent pas de leurs propres Constitutions permettant de dégager facilement l'idée recherchée. S'il existe des études sur la fédéralisation du modèle régional espagnol, témoignant de l'intensification de l'autonomie, très peu portent un regard sur l'agencement du pouvoir au sein des Communautés Autonomes. Or, l'auto-limitation de leurs exécutifs existe, ayant d'ores et déjà fait l'objet de quelques études espagnoles et italiennes, notamment dans le choix de la forme de gouvernement et de l'organisation institutionnelle. Cependant, une étude plus globale s'impose, permettant d'appréhender la conjugaison du constitutionnalisme et des entités infra-étatiques par l'étude de l'architecture institutionnelles des Communautés Autonomes et de la jurisprudence constitutionnelle espagnole. Cette recherche p