Les contentieux complexes en droit administratif qu'ils concernent l'environnement, la santé publique, les pratiques médicales, les aménagements urbains ou encore les risques technologiques occupent une place croissante dans le paysage juridictionnel contemporain. Ces litiges, qui se caractérisent par une forte technicité, une complexité scientifique et des implications sociétales majeures, confrontent le juge administratif à des situations où le droit ne peut être appliqué sans un éclairage issu d'autres savoirs. L'expertise, qu'elle soit ordonnée par le juge ou produite par les parties, devient alors un outil central pour comprendre les faits, évaluer les risques et trancher des controverses parfois très médiatisées. Cette étude se propose d'analyser les enjeux juridiques, pratiques et théoriques que soulève l'expertise dans ces contentieux sensibles, en s'appuyant principalement sur le contentieux administratif, tout en intégrant des éléments de droit judiciaire et une perspective comparée. L'un des premiers aspects de cette réflexion porte sur l'expertise ordonnée par le juge en tant que mesure d'instruction. Dans le contentieux administratif, l'expertise permet d'éclairer la juridiction sur des éléments factuels nécessitant une analyse scientifique, comme l'impact environnemental d'un projet, la responsabilité d'un acteur économique ou l'étendue d'un dommage écologique. Les dossiers environnementaux posent des questions spécifiques liées à l'incertitude scientifique, à la nécessité de croiser plusieurs disciplines et à la complexité des phénomènes étudiés. Le cadre juridique de l'expertise dans le contentieux administratif sera ainsi examiné afin d'en mesurer les limites et d'envisager d'éventuelles évolutions. Au-delà de l'expertise judiciaire stricto sensu, l'étude portera également sur l'expertise mobilisée par les parties elles-mêmes. Par exemple, dans le contentieux environnemental, chaque acteur cherche à faire valoir sa propre lecture des faits en s'appuyant sur des avis d'experts, des études scientifiques ou des rapports techniques. Les entreprises, les collectivités, les associations et même les citoyens engagés dans des recours environnementaux commanditent leurs propres analyses, ce qui conduit à une multiplication des expertises parfois contradictoires. Cette situation pose la question de la place accordée par le juge à ces expertises de partie, de leur force probante et des déséquilibres qui peuvent en résulter, notamment lorsque certaines parties disposent de moyens financiers et techniques plus importants que d'autres pour produire des analyses détaillées. L'enjeu est d'évaluer dans quelle mesure ces expertises influencent la décision du juge et comment le droit administratif les encadre. Enfin, la recherche s'intéressera aux controverses scientifiques et aux mobilisations sociétales qui entourent l'expertise dans ces contentieux particuliers. De plus en plus de décisions de justice sont rendues dans un contexte marqué par une forte pression médiatique et par l'engagement d'acteurs extérieurs au procès, notamment des associations et des collectifs citoyens. Certains contentieux récents, notamment dans le domaine du changement climatique ou des pollutions industrielles, ont montré que l'expertise pouvait devenir un enjeu stratégique et un instrument du débat public. Le juge administratif se trouve alors confronté à la nécessité de trancher des questions qui dépassent souvent le cadre strict du litige porté devant lui. Une réflexion sera menée sur la manière dont les juridictions administratives appréhendent ces évolutions, notamment en comparaison avec le traitement des expertises dans d'autres systèmes juridiques. La méthodologie adoptée s'appuiera sur une analyse approfondie du contentieux administratif français, à travers l'étude de la jurisprudence et des textes encadrant l'expertise. Les décisions du Conseil d'État et des juridictions administratives de premier et de second degré seront examinées afin d'identifier les grandes tendances jurisprudentielles en matière d'expertise. Le conten