La communauté juive de Smyrne, devenue Izmir au cours du XXe siècle, a traversé de profondes transformations politiques, sociales et juridiques. Cette trajectoire entre dans le cadre du basculement d'un cosmopolitisme impérial multiethnique vers l'homogénéisation républicaine d'un État-nation turc. Du procès des sonneurs de tocsin (1901) jusqu'à l'affaire du Grand Rabbinat d'Izmir portée devant la Cour européenne des droits de l'Homme (2023), cette thèse s'intéresse à l'évolution de la communauté juive dans le contexte du passage de Smyrne à Izmir. Elle vise à éclairer les modalités de continuité et de transformation d'une minorité au sein d'un espace urbain en recomposition constante. Pour ce faire, nous nous interrogeons à la manière dont cette communauté s'est construite, déconstruite et reconstruite face aux ruptures successives du XXe au XXIe siècle, oscillant entre adaptation, intégration, assimilation et aliénation. L'enjeu y est double : d'une part, contribuer à une meilleure connaissance de l'histoire contemporaine des Juifs de Smyrne/Izmir ; d'autre part, comprendre les stratégies d'adaptation développées au fil du temps face aux mutations politiques, sociales et juridiques. Cette recherche privilégie une approche interdisciplinaire, à la croisée de l'histoire sociale et de la science politique, permettant ainsi de saisir à la fois le vécu à long terme de la communauté juive et les cadres politiques et juridiques qui ont redéfini, par contrainte ou par choix, sa place au sein des sociétés successives.