Nos travaux portent sur le contrôle de constitutionnalité des lois de finances. Le choix a été fait de limiter notre approche aux aspects budgétaires et financiers des lois de finances. Ce choix est motivé par des considérations d’ordre pratique et juridique. Notre étude s’attache à décrypter les relations entre deux notions, le contrôle de constitutionnalité des lois et les lois de finances, notions apparues en France de manière indépendante et que la Vème République a conduit à faire interagir. En effet, la Vème République fut le théâtre d’une rencontre exclusive, celle du contrôle de constitutionnalité des lois et des lois de finances. Certes, cette rencontre n’est en réalité que l’expression d’une autre rencontre, tout aussi inédite mais bien plus générale, celle du contrôle de constitutionnalité et de la loi. Pour autant, envisager les lois de finances comme une catégorie de loi non spécifique ne semble pas devoir emporter la conviction. Un argument doctrinal tout d’abord plaide en faveur d’un particularisme des lois de finances, la doctrine allemande et française notamment ayant très tôt souligné et interrogé la spécificité normative des lois de finances. Deux arguments tirés du droit positif peuvent également être avancés. En premier lieu la Constitution du 4 octobre 1958 elle-même appuie la distinction des lois de finances des autres lois en leur réservant une rubrique particulière de son article 34. Celle-ci leur assigne une fonction, la détermination des ressources et des charges de l’Etat, qui tranche avec celles prévues par les autres rubriques de l’article 34 de la Constitution qui se résorbent en la fixation de règles et la détermination de principes. Au surplus, l’article 47 de la Constitution les soumet à une procédure législative dérogatoire, ce qui là encore marque la distinction. En second lieu, les articles 34 et 47 de la Constitution renvoient au législateur organique le soin de définir le régime juridique des lois de finances, aux termes d’une habilitation formulée dans des termes particulièrement larges, ce qui là encore constitue une originalité constitutionnelle incitant à distinguer les lois de finances des autres lois. Cette situation constitutionnelle originale des lois de finances a conduit à une intégration spécifique de celles-ci au contrôle de constitutionnalité des lois, ce qui est passé par l’admission du cadre atypique du contrôle de constitutionnalité des lois de finances et a abouti à la construction d’un ordre constitutionnel financier singulier. Ces analyses, centrées sur les aspects strictement juridiques du contrôle, permettent de mettre en lumière les particularismes de la jurisprudence constitutionnelle financière. Cependant, il convient également de replacer ce processus d’intégration des lois de finances au contrôle de constitutionnalité dans un cadre plus large, en appréhendant son amont et son aval. En amont, des contraintes particulières pèsent sur l’office du juge constitutionnel, témoignant de résistances réelles des lois de finances à leur saisine par le juge constitutionnel. L’identification de ces différentes limites pose la question de l’effectivité d’un tel contrôle, ce qui conduit à se pencher sur l’aval de ce contrôle. De ce point de vue, nous avons tâché de faire la lumière sur la mesure dans laquelle ces résistances ont été – et pourraient être – surmontées