Ce projet vise à interroger la capacité du droit de l'Union européenne à assurer un contrôle effectif des instruments non contraignants de coopération migratoire de l'Union européenne avec les Etats tiers, ainsi que des mesures et pratiques qui en découlent, au prisme de leurs effets. En effet, le recours aux instruments non contraignants s'impose désormais comme la stratégie privilégiée de l'Union dans la mise en uvre de cette politique. Or, la doctrine souligne leur capacité à produire ou à encourager des violations des droits fondamentaux des personnes migrantes, met en évidence leur potentiel à contourner les principes fondamentaux du droit primaire de l'Union, voire, alerte que l'informalisation ne puisse refléter une volonté délibérée de s'affranchir des garanties institutionnelles et démocratiques que ce dernier prévoit, craignant d'assister au « démantèlement constitutionnel de l'UE ». La justiciabilité de ces instruments, entendue comme leur aptitude à faire l'objet d'un contrôle juridictionnel, présente alors une double dimension : d'une part, théorique et structurelle, visant à garantir le contrôle de conformité des actes des États membres et des institutions de l'Union dans une Union de droit (articles 2 et 19 TUE), d'autre part, pratique et individuelle, visant à assurer un recours effectif aux personnes affectées (article 47 CDFUE). Cependant, le « système complet de recours », tel que défini par la CJUE, s'avère dysfonctionnel dans ce domaine. D'une part, la doctrine se limite à constater un contournement du droit primaire plutôt qu'une illégalité formelle. En effet, leur rédaction en termes politiques rend difficile l'identification d'une éventuelle illégalité intrinsèque. De plus, l'absence de disposition explicite dans les traités primaires et l'incertitude quant à la nature juridique de ces instruments, situés entre de simples outils politiques et des actes juridiques à faible normativité, rendent difficile l'identification des normes par rapport auxquelles leur validité doit être appréciée. D'autre part, l'accès même au juge reste entravé, tant pour les recours relatifs au contrôle de légalité (articles 263 et 267 du TFUE) que pour les recours en responsabilité extracontractuelle, en raison du caractère non contraignant de ces accords et de la situation matérielle des personnes qu'ils affectent. Ces dysfonctionnements ont conduit la doctrine à constater que le système n'a pas été conçu ni adapté pour protéger les droits individuels face à ces nouveaux instruments d'action extérieure de l'UE. À travers une méthodologie combinant théorie du droit, analyses doctrinales et jurisprudentielles, et recherche juridique empirique, cette étude se propose d'identifier les principaux obstacles au contrôle juridictionnel des accords migratoires non contraignants, mettre en évidence les implications de leur utilisation pour l'Union de droit et pour le droit à un recours effectif, clarifier leur place dans l'ordre juridique de l'Union et les fondements d'éventuelles illégalités, examinant les voies de recours alternatives possibles au sein de l'Union européenne, et enfin, se propose de réfléchir aux adaptations nécessaires du système de recours face à ces nouveaux instruments pour l'élaboration de l'action extérieure de l'UE.