1. CONTEXTE ET PROBLEMATIQUE DU SUJET Bien qu'il soit doté d'une Constitution consacrant notamment des droits et libertés fondamentaux, des institutions ainsi que le principe de la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire), et malgré l'adjectif "démocratique" dans l'appellation du pays, la République démocratique du Congo reste marquée par de nombreuses atteintes aux droits de l'Homme et par une très faible effectivité des mécanismes institutionnels de protection. L'Etat n'est ni soumis au droit lui-même, en toutes circonstances, ni par ailleurs en capacité d'appliquer la force du droit à tous ses citoyens sur toute l'étendue de son territoire. L'absence d'un Etat de droit! C'est donc dans un tel contexte d'absence d'un Etat de droit, mais de l'aspiration à l'instaurer, telle qu'elle apparaît expressément formulée à l'exposé des motifs de la Constitution du 18 février 2006, que celle-ci instituait une Cour constitutionnelle spécialisée (article 157), censée jouer un rôle décisif dans ce processus de construction d'un Etat de droit, comme cela s'est souvent avéré être le cas dans d'autres démocraties; alors que les compétences traditionnelles d'une Cour constitutionnelle étaient jusque là exercées dans le pays par la Cour Suprême de Justice, une juridiction de l'ordre judiciaire. Créée en conséquence par la loi Organique n°13/026 du 15 octobre 2013, et mise en fonction effective avec l'adoption de son Règlement intérieur définitif le 30 avril 2015, la Cour constitutionnelle congolaise est composée de neuf membres nommés par le Président de la République, dont trois sur sa propre initiative, trois désignés par le Parlement réuni en Congrès, et trois autres par le Conseil supérieur de la Magistrature. Elle est en charge du contrôle de la constitutionnalité des traités et actes ayant force de loi (article 160 de la Constitution, et 43 de la Loi Organique précitée) et est la juridiction d'attribution du litige aux juridictions de l'ordre judiciaire ou administratif soulevé par ou devant la Cour de Cassation ou le Conseil d'Etat (article 161 alinéa 4 de la Constitution). Cependant, par rapport au modèle traditionnel européen de justice constitutionnelle auquel appartient la Cour constitutionnelle congolaise, celle-ci a l'originalité d'être aussi la juridiction pénale du Président de la République (et du Premier Ministre, ainsi que de leurs co-auteurs et complices : article 164 de la Constitution). Face à un tel état des choses où le Président de la République est celui même qui nomme et /ou influence fortement la nomination de ceux qui sont donc en même temps ses juges pénaux, d'une part, et, d'autre part, ceux qui sont en charge du contrôle et de la validation de tout scrutin national (présidentiel et législatif) dans le pays, le présent sujet voudrait poser un problème évident d'indépendance de cette juridiction vis-à-vis du Président de la République et de son exécutif par ricochet. Par ailleurs, et en lien avec cette problématique d'indépendance de cette juridiction, ce projet de thèse a aussi l'originalité de s'interroger sur l'apport réel de cette Cour dans le processus d'instauration d'un Etat de droit en République démocratique du Congo, dix ans après son entrée en fonction effective, et à exercer les fonctions qui étaient auparavant celles de la Cour Suprême de justice. Qu'a-t-elle donc réellement apporté de plus, par rapport à la Cour Suprême de Justice exerçant à l'époque ses compétences, en termes de construction d'un Etat de droit en République du Congo ? Une question très peu explorée à ce jour, et aucunement dans le cadre d'une thèse de doctorat. 2. OBJECTIFS DE MA RECHERCHE Cette thèse vise à : - Analyser en profondeur le rôle joué par la Cour constitutionnelle dans l'instauration et / ou la consolidation de l'Etat de droit en République démocratique du Congo, depuis sa création et sa mise en fonction en 2015. - Evaluer le degré de son indépendance ainsi que l'efficacité de ses décisions en matière de protection des droits fondamentaux, de régulation de la vie pu