Le projet de thèse examine le droit des frais de procédure en tant qu'instrument de régulation du procès civil dans une perspective comparée entre la France et l'Allemagne. Le point de départ de cette recherche est le constat que les règles relatives aux frais de justice ne se limitent pas à répartir la charge financière d'un procès, mais influencent également de manière décisive le choix d'intenter une action, la stratégie procédurale et l'accès à la justice. En droit allemand de la procédure civile s'applique le principe selon lequel « celui qui perd paie » (§ 91 ZPO). Ce modèle clair et déterministe assure prévisibilité et efficacité, mais peut dissuader les justiciables disposant de faibles revenus d'introduire une action. En France, en revanche, la partie succombante supporte certes les dépens, mais les honoraires d'avocat relèvent des frais irrépétibles et ne sont remboursés que sur demande et selon l'équité du juge (art. 700 CPC). L'approche française se caractérise ainsi par une plus grande flexibilité et une modération sociale, mais également par une imprévisibilité accrue. Tandis que le système allemand apparaît structurellement équitable mais potentiellement dissuasif, le système français favorise l'accès au juge, tout en rendant difficile pour les parties d'évaluer les coûts réels d'un procès. Dans ce contexte, la thèse pose la question de savoir comment les différents modèles de répartition des frais influencent l'accès à la justice, le comportement procédural et l'efficacité des procédures, et quelles enseignements peuvent en être tirés pour l'élaboration de standards minimaux européens. Elle analyse le lien entre les principes nationaux de prise en charge des coûts, les exigences constitutionnelles et européennes (art. 6 CEDH, art. 47 Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne) et les réformes récentes, notamment la directive (EU) 2020/1828 relative aux actions représentatives, qui consacre le principe du « loser-pays tout » en prévoyant des marges d'équité. Le cur du projet repose sur une approche de droit comparé, opposant le modèle allemand de la responsabilité stricte du perdant au système discrétionnaire français. Les deux régimes sont étudiés sur le plan dogmatique, puis comparés fonctionnellement : quels effets incitatifs produisent, d'un côté, des règles de coûts fixes et, de l'autre, le pouvoir d'appréciation du juge ? Comment la Prozesskostenhilfe et l'aide juridictionnelle influencent-elles l'accès effectif au juge ? Quelles conséquences entraînent les règles particulières du droit du travail (§ 12a ArbGG / prud'hommes) ? La thèse combine analyse dogmatique et méthode comparée. L'hypothèse directrice est qu'un modèle hybride européen pourrait concilier les deux approches : la prévisibilité et la transparence du droit allemand avec la flexibilité équitable et sensible aux revenus inspirée du droit français. Sur cette base, seront formulées des propositions de standards minimaux européens en matière de frais de procédure. La recherche vient combler une double lacune scientifique : il n'existe à ce jour ni une comparaison systématique des régimes allemand et français des frais de procédure, ni une analyse fondée de leurs effets de régulation. Elle s'inscrit dans le prolongement des efforts actuels de réforme et d'harmonisation européenne, offrant un socle pour de futures convergences. Sur le plan scientifique, la thèse contribue à la théorie du procès civil en démontrant que le droit des frais de justice n'est pas une matière accessoire, mais qu'il conditionne la réalisation effective du droit matériel. Sur le plan politique, les résultats doivent inspirer des réformes du droit allemand et du droit français. Enfin, sur le plan européen, la recherche vise à élaborer un modèle normatif conciliant efficacité du recours juridictionnel et justice sociale, capable de servir de référence pour l'évolution future du droit processuel européen.