Consommer local, éthique ou solidaire correspondrait à des formes d’engagements alternatifs pour des citoyens qui mettent en adéquation un ensemble de valeurs ou sensibilités et des pratiques de consommation. Si les systèmes marchands alternatifs s’enracinent dans le temps long des mouvements écologistes et des coopératives ouvrières, leur récente institutionnalisation interroge les logiques actuelles de leur diffusion. De nombreux travaux ont questionné les mouvements de l’économie solidaire. Peu se sont cependant portés sur leurs réceptions et les appréhensions dont ils sont l’objet. C’est le cas notamment concernant les Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne (AMAP) et plus largement les systèmes agro-alimentaires alternatifs. Cette thèse interroge donc les conditions sociales de production des usages pratiques et symboliques des systèmes marchands alternatifs. Le choix d’une approche localisée (à l’échelle de l’agglomération de Lyon) et multisituée (auprès de militant·es et d’adhérent·es de différentes associations locales impliquées dans l’organisation et la promotion de ces pratiques) permet d’interroger les diverses appropriations de ces systèmes marchands en fonction des positions sociales occupées localement. L’enquête articule une série de données qualitatives (entretiens biographiques, observations), quantitatives (questionnaire) et l’analyse de productions documentaires (tracts, chartes, supports de communication). La construction du rapport aux pratiques de l’économie solidaire dépend alors de l’articulation entre les parcours de socialisation et les configurations sociales, militantes et institutionnelles qui structurent les espaces dans lesquels évoluent les individus. De plus, les significations conférées aux circuits-courts alimentaires alternatifs doivent être saisies en relation avec les positionnements subjectifs et les enjeux d’affirmation symbolique des appartenances sociales. À distance du récit d’un réveil citoyen rendu inéluctable par l’urgence des enjeux environnementaux, cette enquête souligne la manière dont les processus de politisation, et en l’occurrence l’institutionnalisation des pratiques de l’économie solidaire, réactualisent les logiques d’appartenance ou de différenciation structurées au sein d’espaces sociaux locaux.