Cette recherche est née d'un étonnement. On se souvient qu'à l'occasion de la crise du Covid, l'administration a été amenée à produire, dans un temps record et une proportion sans précédent, un ensemble de questions/réponses, de guides de conduite, ou encore un protocole national en entreprise aux fins d'aider les employeurs à réorganiser l'entreprise et le travail des salariés. Si le contexte de l'urgence a pu justifier une telle action, ces instruments d'un nouveau type ont susciter mon intérêt : qu'en faire ? qu'en dire ? comment les analyser ? quel régime leur appliquer ? S'agit-il d'un épiphénomène lié à l'urgence sanitaire ou d'une tendance lourde, signe d'une transformation des sources du droit en général, du droit du travail en particulier ? Les juges ont très rapidement été saisis de ces questions. Le Conseil d'État a ainsi rendu, le 17 décembre 2020, une décision tendant à déterminer la valeur et la portée juridique de certaines dispositions du protocole national en entreprise relatives au télétravail. On se souvient de la teneur de ce protocole : le ministère du travail avait publié un document qui enjoignait aux employeurs d'organiser le recours au télétravail pour les postes qui le permettaient. Le conseil d'Etat a qualifié ce protocole d'« ensemble de recommandations pour la déclinaison matérielle de l'obligation de sécurité de l'employeur dans le cadre de l'épidémie de covid-19 ». Si le Conseil d'Etat écarte ici tout doute quant à la légalité du protocole, ce qui retient l'attention, c'est qu'il s'agit de l'une des premières fois où le Conseil envisage, très directement, l'hypothèse d'un recours pour excès de pouvoir à l'encontre d'un acte d'origine étatique considéré comme non contraignant. L'absence de caractère contraignant ne semble pas exclure la possibilité d'agir en justice sur le fondement de cette norme. Les grilles d'analyse des sources du droit sont alors mises à l'épreuve. Suivant l'hypothèse développée par Mme Stéphane Gerry-Vernières dans ses travaux consacrés aux petites sources du droit, on peut poser l'hypothèse qu'il s'agit des « petites sources du droit du travail », c'est-à-dire d'un instrument à la fois non contraignant en raison de sa formulation ou de la qualité de son auteur mais ayant une prétention à gouverner les comportements. Les petites sources du droit c'est l'apparence de la non-règle mais avec la force potentielle de la règle juridique. A ce stade, une question se pose : pourquoi une étude spécifique en droit du travail ? Pour de multiples raisons, le droit du travail est une branche du droit coutumière d'une diversification de ses sources. On songe évidemment aux conventions collectives, aux usages, ou encore au règlement intérieur. Partant, le droit du travail a développé de longue date une théorie particulière des sources. Mais celle-ci se trouve aujourd'hui largement réinterrogée par l'émergence d'un ensemble d'instruments qui n'entrent, finalement, dans aucune case. Ensuite, en droit du travail, les « petites sources » d'origine étatique (questions/réponses ; guide ; protocole ; réponses ministérielles) doivent cohabiter avec des « petites sources » d'origine privée (codes de conduite, chartes éthiques, ou plans de vigilance). Cette diversité mérite analyse et pose la question de de la possibilité de dégager une unité de ces petites normes derrière cette diversité apparente. Evidemment, si le point de vue et le champ seront travaillistes, l'analyse ne pourra se passer des autres branches du droit et même d'autres sciences sociales car les petites sources sont des objets pluriels, coconstruits par des savoirs variés.