Traditionnellement utilisée comme technique d'atténuation du risque d'insolvabilité, la réassurance fait aujourd'hui face à une vulnérabilité accrue, ses acteurs étant eux-mêmes davantage y exposés. Ce risque s'intensifie sous l'effet de la fréquence et de la gravité croissantes des événements d'origine tant climatique qu'humaine. De ce fait, les réassureurs ne disposant plus toujours des capacités en fonds propres nécessaires pour répondre à la demande des assureurs, l'activité d'assurance se trouve perturbée. Il en résulte un affaiblissement du système de protection, laissant à l'État, seul, la charge de l'indemnisation des victime, au prix d'un alourdissement du déficit public d'une part, et d'une remise en cause du principe et du montant des prestations servies, d'autre part. Face à cette situation, l'opération d'Insurance-Linked Securities (ILS) a été développée comme « technique spéciale en réassurance » destinée à prémunir les réassureurs contre leur propre risque d'insolvabilité en effectuant un « transfert effectif » de celui-ci aux investisseurs. Il s'agit d'une opération de réassurance à vocation spéciale, reposant sur la constitution d'une entité ad hoc appelée le « véhicule d'ILS » chargée d'absorber le risque dit « catastrophique », dont le déclenchement emporte la faillite du réassureur. Cette hypothèse n'est envisageable qu'en cas de survenue d'un événement de forte intensité d'origine naturelle ou humaine, ou de plusieurs événements de moyenne intensité ayant une origine commune. Pour éviter le déclenchement lors d'un tel événement, le véhicule d'ILS absorbe le risque catastrophique de la cédante en mobilisant des capacités en fonds propres additionnelles provenant des investisseurs professionnels. Toutefois, en dépit de l'efficacité apparente de l'opération d'ILS le secteur de l'assurance privée n'en a jamais mis en place en France. Ce paradoxe s'explique très certainement par un régime juridique inapproprié, plus particulièrement par l'inadéquation en droit français de la forme juridique du véhicule d'ILS par rapport à la nature de l'opération, ce qu'éclaire une comparaison avec certaines législations étrangères. Sans s'en tenir à cette question particulière, la présente étude se propose d'examiner dans quelle mesure le régime juridique de l'opération d'ILS en France pourrait être amélioré. Dans cette perspective, cette étude procède d'abord à identifier l'opération d'ILS en révélant, la fonction et la nature. Fondée sur cette identité, elle s'intéresse ensuite à l'examen du régime de réalisation de l'opération, permettant d'élaborer sept propositions sous forme de deux projets de réforme. Selon leur rôle dans l'amélioration du régime du droit positif, ces propositions peuvent être réparties en deux axes : Le premier consiste à perfectionner la mise en place de l'opération d'ILS en supprimant les obstacles à la constitution de son véhicule. Il s'agirait, d'une part, de requalifier le véhicule d'ILS afin de proposer les formes juridique et sociale les plus appropriées à la nature de son activité. Il conviendrait d'autre part, d'accélérer la délivrance de son agrément spécial par la redéfinition de ses conditions prudentielles et l'ajustement de l'objectif du contrôle du régulateur. Le second axe vise à optimiser la mise en uvre de l'opération. Il serait souhaitable de mobiliser plus efficacement les financements sur les marchés et de tenir compte de la couverture dans une considération systémique. Cela nécessite premièrement, d'accroître la négociabilité des titres ILS émis en adoptant une exigence de « document d'informations clés », de consacrer la neutralité fiscale du véhicule domicilié en France, de favoriser la gestion durable des actifs du véhicule par l'instauration du « fonds d'ILS spécialisé à objectif durable » responsable du réinvestissement ESG des produits des émissions d'ILS en France. Cela nécessite secondement, de considérer la couverture fournie par l'opération d'ILS comme un élément intégral au sein d'un système global de protection où elle serait susceptible d'accroître l'ef