Les nombreuses réformes dites de modernisations menées depuis ces trente dernières années ont considérablement transformé l'institution judiciaire. À travers l'étude du traitement par la justice des infractions au code de la route, cette thèse analyse de manière pratique, à des niveaux micro, méso et macrosociologique, l'expression de la crise de la justice ainsi que les transformations à l'œuvre dans l'institution, à la fois pour ce qui concerne l'organisation judiciaire elle-même, mais aussi les professionnels de la justice ainsi que les justiciables. L'étude du traitement des infraction au code de la route présente deux intérêts majeurs. D'abord, il s'agit d'un contentieux dit de masse, c'est-à-dire un contentieux lié à des infractions commises en grand nombre, qu'il faut traiter rapidement et qui se prêtent à une gestion « managérialisée ». De fait, leur quantité et leur faible gravité supposée poussent les législateurs à expérimenter de nouvelles procédures permettant d'accélérer le temps pénal sur ce type de contentieux puis à les généraliser à des contentieux moins nombreux et plus sérieux. Le second intérêt que présente ce contentieux de masse est de toucher un grand nombre de justiciables. Cette justice pénale, dite ordinaire, peut apparaitre comme moins valorisée aux yeux des acteurs de la justice autant qu'à ceux des justiciables. Pour ces derniers, elle constitue parfois une première, voire la seule, entrée dans la justice. Dès lors, l'analyse de cette justice ordinaire est révélatrice du rapport à la justice des justiciables et participe à transformer celui-ci. Il s'agit donc d'étudier en premier lieu la restructuration organisationnelle de cette justice et ses effets. En second lieu, nous interrogeons la transformation autour de la figure du magistrat à travers l'étude des magistrats non professionnels en charge de ce contentieux que sont les magistrats à titre temporaire. Cela nous permet également de comprendre en quoi cette main d'œuvre qualifiée, polyvalente et moins couteuse rend possible le fonctionnement d'une justice pourtant en crise. En troisième lieu, nous analysons les mécanismes du jugement en audience sous le prisme de l'interaction entre le juge, l'officier du ministère public et le justiciable, ainsi que la réception qu'en fait le justiciable. Enfin, en dernier lieu cette recherche met en lumière le travail du personnel de greffe et les dysfonctionnements auxquelles il a à faire face. Au final, nous montrons que les diverses réformes entreprises dans le cadre de cette justice « ordinaire » préfigurent une mutation profonde de l'institution judiciaire à toutes les échelles.