Le travail sexuel désigne tout échange d'une prestation sexuelle contre rémunération, qu'il soit réel ou virtuel (prostitution, pornographie, strip-tease, caming, etc.). En France, il n'existe pas de définition légale du travail sexuel. Seule la prostitution est définie par la Haute Cour : elle consiste à se prêter, moyennant une rémunération, à des contacts physiques de quelque nature qu'ils soient, afin de satisfaire les besoins sexuels d'autrui. Ainsi, les activités sans contact, comme le caming, n'entrent pas dans cette catégorie. Si toute forme de travail sexuel est légale, l'exercice de la prostitution est encadré pénalement par des lois pénalisant les clients et les tiers. Depuis une loi en date du 16 avril 2016, l'achat d'actes sexuels est interdit et sanctionné par une amende, voire par une peine de prison en cas de recours à une personne mineure ou vulnérable. L'infraction de proxénétisme venant pénaliser les tiers est quant à elle définie de manière extrêmement large. Elle ne vise pas seulement les situations d'exploitation mais aussi l'entraide entre travailleurs du sexe (partage de logement, conseils de sécurité), considérée comme du proxénétisme d'assistance ; le recours à des tiers comme un comptable ou un garde du corps, assimilé à du proxénétisme de profit ; ou encore l'usage de plateformes françaises d'annonces, considéré comme du proxénétisme d'entremise. Enfin, le proxénétisme hôtelier pénalise les propriétaires qui louent à une personne exerçant la prostitution, ce qui rend l'accès au logement difficile. Ces dispositions, bien que destinées à protéger contre l'exploitation, ont également un impact négatif pour les personnes exerçant le travail sexuel concernant leur accès au droit commun. Cela est particulièrement visible dans certains domaines : refus de logement, de prêts bancaires ou de services divers, car les tiers craignent d'être accusés de proxénétisme. Nous pouvons également constater des répercussions moins visibles au premier abord. En effet, le cadre légal les oblige à exercer en auto-entrepreneur, un statut peu protecteur, et empêche toute organisation collective (coopérative, société). Il est à noter que beaucoup de personnes exerçant la prostitution ignorent la possibilité de déclarer leurs revenus, pensant que leur activité est illégale. Les personnes qui déclarent leurs revenus quant à elles préfèrent éviter le code APE « service des hôtesses/prostituées » par peur des discriminations. Le cumul de ces obstacles aggrave la précarité et la stigmatisation, alors même que l'activité reste légale. La question centrale de cette recherche est de savoir si le cadre législatif français produit une quelconque forme discrimination, directe ou indirecte, à l'égard des personnes exerçant le travail sexuel. L'étude propose d'explorer cette hypothèse en menant des entretiens qualitatifs avec des personnes exerçant le travail sexuel, des bailleurs et des banques, afin de constater ou non la présence de critères caractérisant une forme de discrimination Enfin, la recherche envisage les recours juridiques possibles. Si une discrimination directe pouvait être caractérisée, par exemple en réactivant le critère des « murs », il serait possible d'agir au pénal. Sinon, il faudrait s'appuyer sur la notion de discrimination indirecte, qui relève du droit civil. Dans les deux cas, l'objectif est de mieux protéger les droits fondamentaux des personnes travaillant dans le sexe et de limiter les discriminations qu'elles subissent au quotidien. Une comparaison avec des pays ayant décriminalisé le travail sexuel, comme la Nouvelle-Zélande ou la Belgique, permettrait d'évaluer l'impact de la pénalisation sur l'accès au droit.